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Nutriments Acides gras Apports en acides gras alimentaires des Français : les recommandations de l’ANSES sont-elles suivies ?

Acides gras

Apports en acides gras alimentaires des Français : les recommandations de l’ANSES sont-elles suivies ?

L’analyse des consommations des Français combinée à la composition des aliments révèle que les apports en acides gras des Français ne sont pas conformes aux recommandations.

 

Ces dernières années des études cliniques ont fourni de nouvelles données sur les effets spécifiques de certains acides gras sur la prévention cardiovasculaire (Hammad S et coll, 2015 ; Harris W, 2010 ; Schwab U et coll., 2014 ; Willett WC, 2012). Les analyses de consommations alimentaires prenant en compte la composition des aliments étant rares, des chercheurs français ont décidé d’utiliser les données de l’enquête nationale sur la consommation des Français (INCA-2) et la table de composition Ciqual 2013 pour explorer les consommations de graisses des Français et identifier les contributions des principales catégories alimentaires à ces apports.  Les résultats de cette étude sont publiés dans le British Journal of Nutrition.

 

Trop d’acides gras saturés et pas assez de monoinsaturés et de polyinsaturés n-3

L’analyse révèle que l’apport total moyen en lipides des adultes français représente 38 % de l’apport énergétique total sans alcool (AESA), ce qui correspond aux recommandations de l’ANSES datant de 2010 (35-40 % de l’AESA). Plus d’un tiers de Français (36,1 %) les atteignent tandis que 29,3 % sont en dessous du seuil minimal et 34,5 % au-dessus du seuil maximal.

En revanche, l’apport total moyen en acides gras saturés est de 14,4 % de l’AESA soit 20 % supérieur aux recommandations (maximum 12 % de l’AESA). Trois acides gras saturés athérogènes (laurique, myristique et palmitique) comptent pour plus de 9,5 % de l’AESA alors que l’ANSES conseille de les limiter à 8 % de l’AESA. Seuls 21,8 % des Français respectent cette limite.

Concernant les acides gras monoinsaturés, leur apport total moyen est insuffisant. Il correspond à 10,8 % de l’AESA, soit bien moins que les recommandations de l’ANSES (15-20 % de l’AESA). Et plus de 92 % des adultes n’atteignent pas le seuil minimal recommandé.  

Même constat pour l’apport moyen en acides gras polyinsaturés de la famille n-3. Il est de 0,4 % de l’AESA pour l’acide alpha-linolénique (contre 1 % dans les recommandations), 137 mg de DHA (contre 250 mg) et 102 mg d’EPA (contre 250 mg). Seuls 14,6 % des adultes français atteignent les recommandations en DHA, 7,8 % celles en EPA et 7 % les deux recommandations. Concernant la famille des n-6, l’apport total moyen en acide linoléique (3,9 % de l’AESA) correspond aux recommandations de l’ANSES (4 % de l’AESA) et concerne 65,1 % de la population. Mais l’insuffisance en acide alpha-linolénique fait que le ratio moyen acide linoléique (n-6) / acide alpha-linolénique (n-3) est déséquilibré puisque de 9,6. Et c’est 95 % de la population adulte, qui présente un ratio supérieur à la recommandation de l’Anses (ratio <5).

 

Les graisses animales, principales contributrices aux apports en graisses saturées

Les aliments contribuant le plus à l’apport en acides gras totaux sont les huiles (12 % de l’apport total moyen), le fromage (9,6 %), le beurre (9,4 %), les charcuteries (7,6 %) et la viande (6,3 %).

Pour le cas particulier des acides gras saturés, ce sont les graisses d’origine animale (43,5 %), et en particulier le beurre (14,7 %) et le fromage (14,8 %) qui y contribuent le plus.

Concernant les acides gras mono-insaturés, leur principale source est l’huile (17,3 %). Les graisses animales dans leur ensemble comptent pour 29,7 % des apports en acides gras monoinsaturés.

Dans la famille des acides gras polyinsaturés n-3, les sources principales de DHA et EPA sont le poisson (54,6 % et 48,1 % ; respectivement) et celles d’acide alpha-linolénique, les pâtisseries et gâteaux (11,2 %), l’huile (9,7 %) et les sauces (9,5 %).  Concernant la famille des n-6, l’huile est le principal contributeur, en particulier pour l’acide linoléique (20,5 %).

 

Age, sexe, niveau d’études et région influencent les consommations

Des différences sont observées selon la population concernée. La consommation d’acides gras polyinsaturés n-6 augmente avec l’âge chez les hommes. Celle en n-3 augmente avec l’âge et le niveau d’études. Celle en acide oléique augmente avec le niveau d’étude et plus généralement celle en acides gras monoinsaturés est plus importante dans le Sud de la France. Le fait d’être une femme, d’avoir un niveau d’études élevé, de consommer de la margarine enrichie en oméga-3 et de consommer beaucoup de poisson est associé aux apports en acides gras les plus proches de ceux recommandés.   

 

 

Pour les chercheurs, cette analyse[1] des apports en acides gras des français révèle trois constats importants : Une consommation trop élevée d’acides gras saturés par rapport aux recommandations et à l’inverse, des consommations insuffisantes à la fois en acides gras polyinsaturés de la famille n-3 et en acides gras monoinsaturés. Une situation défavorable en terme de risque cardiovasculaire et qui leur rappelle celle observée chez les Américains dont la plupart dépassent les recommandations en graisses saturées et les ¾ consomment peu d’huiles végétales. Pour eux, ces données devraient inciter les programmes de prévention cardiovasculaire à communiquer sur les aliments source d’acides gras saturés pour en réduire la consommation et sur la consommation de poisson deux fois par semaine, comme source d’EPA et de DHA. Favoriser la substitution des graisses animales par les huiles végétales, sources d’acides gras polyinsaturés (et monoinsaturés) leur semble aussi être une recommandation intéressante.

Les chercheurs espèrent que ces données encourageront les autorités françaises et les professionnels de santé à communiquer plus efficacement auprès de la population générale pour inverser le déséquilibre constaté sur les apports en acides gras alimentaires.

 

Source : Fatty acid dietary intake in the general French population: are the French Agency for Food, Environmental and Occupational Health & Safety (ANSES) national recommendations met? Tressou J, Moulin P, Vergès B, Le Guillou C, Simon N, Pasteau S. Br J Nutr. 2016 Dec;116(11):1966-1973. https://doi.org/10.1017/S000711451600413X

[1] Cohérente avec les données du rapport de l’ANSES publié en Septembre 2015 https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014sa0117Ra.pdf

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