Nutrition Préventive - Isio 4

Nutriments Oméga 6 Rapport Oméga 6 / Oméga 3 et ostéoporose

Oméga 6

Rapport Oméga 6 / Oméga 3 et ostéoporose

Le Professeur Jean-Philippe Bonjour, Spécialiste des Maladies Osseuses (Genève) nous éclaire sur le sujet et nous livre une synthèse des études réalisées.

 

La nutrition contribue de façon majeure au développement et au maintien d'une structure osseuse adaptée à résister aux contraintes mécaniques et à la prévention des fractures ostéoporotiques. La vitamine D, le calcium et les protéines sont les nutriments dont l'impact spécifique sur le métabolisme osseux a été le mieux documenté scientifiquement.
L'impact spécifique de certains lipides, notamment les prostaglandines, sur le métabolisme osseux a également été exploré. Notamment, de nombreuses études expérimentales ont été consacrées à définir les effets de différentes prostaglandines sur la formation et la résorption osseuse. Plus récemment, l'intérêt s'est porté sur la réponse osseuse aux variations des apports nutritionnels en acides gras polyinsaturés : acide linoléique (ω6), acide alpha-linolénique (ω3) et leurs dérivés.

 
Des résultats expérimentaux en faveur d'un rôle des acides gras dans le métabolisme osseux

 
Expérimentalement, un effet inhibiteur sur la genèse des ostéoclastes, cellules responsables de la résorption osseuse, a été observé in vitro avec les dérivés oméga 3 : EPA (acide eicosapentaénoïque) et DHA (acide docosahexaénoïque) (1). In vivo, chez l'animal d'expérience, un rapport ω6/ ω3 relativement bas favorise la croissance osseuse (2). Une production optimale de prostaglandines E2 et de leucotriènes induite par une diminution du rapport ω6/ω3 dans l'alimentation pourrait également favoriser la formation et l'anabolisme osseux (3).

 
Des observations épidémiologiques corroborent les résultats expérimentaux 

 
En clinique humaine, une importante étude épidémiologique (4) corrobore ces données de laboratoire sur la relation entre le rapport ω6/ω3 dans l'alimentation et la santé osseuse. En effet, l'équipe d'Elizabeth Barrett-Connor, réputée pour ses travaux sur les facteurs de risque de l'ostéoporose, a évalué la consommation d’ω6 et d'ω3 en relation avec la densité minérale osseuse (DMO), chez plus de 1 500 sujets des deux sexes, âgés de 45 à 90 ans, résidents dans le district de Rancho Bernardo en Californie (4). Les sujets ayant une alimentation dont le rapport omega 6/ omega 3 était relativement bas présentaient une DMO plus élevée au niveau du fémur proximal. De plus, chez les 564 femmes ne prenant pas de traitement hormonal substitutif, cette relation était également observée au niveau des vertèbres lombaires. Il est bien établi, qu'à ces deux sites squelettiques, il existe une relation inverse entre la DMO et l'incidence des fractures ostéoporotiques, qui augmentent exponentiellement avec l'âge. 

 
Aux niveaux fémoral et lombaire, les conséquences de ces fractures sur la qualité de vie des patients sont particulièrement dramatiques. Il est donc important de mettre en évidence les facteurs environnementaux modifiables, qui peuvent influencer positivement les DMO fémorale et lombaire. L'étude épidémiologique (4) qui fait l'objet de ce commentaire révèle que le rapport ω6/ω3 dans l'alimentation pourrait jouer un rôle dans la prévention des fractures ostéoporotiques. Cette étude observationnelle qui complète les données précliniques visant à déterminer les mécanismes d'actions cellulaires et moléculaires des acides gras poly-insaturés sur la formation et la résorption osseuse ouvre, à côté de la vitamine D, du calcium et des protéines, une perspective nouvelle dans la prévention nutritionnelle de l'ostéoporose.

 
A retenir

 
Un rapport ω6/ω3 = 5 semble optimal pour l'os.
En l'état actuel des connaissances, il est raisonnable de considérer que le rapport ω6/ω3 optimal évalué dans le contexte de la prévention des maladies cardio-vasculaires est également favorable à la santé osseuse. C'est pourquoi le suivi des conseils pratiques énoncés dans ce bulletin pour augmenter les apports en ω3, et tendre ainsi à atteindre le rapport ω6/ω3 optimal de 5, pourrait bien jouer un rôle positif dans la prévention de l'ostéoporose.

 

Références:

 
(1) Sun D, Krishnan A, Zaman K, Lawrence R, Bhattacharya A, Fernandes G. Dietary n-3 fatty acids decrease osteoclastogenesis and loss of bone mass in ovariectomized mice. J Bone Miner Res 2003 ; 18 : 1206-16.
(2) Watkins BA, Li Y, Lippman HE, Seifert MF. Omega-3 polyunsaturated fatty acids and skeletal health. Exp Biol Med (Maywood) 2001 ; 226 : 485-97.
(3) Albertazzi P, Coupland K. Polyunsaturated fatty acids. Is there a role in postmenopausal osteoporosis prevention ? Maturitas 2002 ; 42 : 13-22.
(4) Weiss LA, Barrett-Connor E, von Muhlen D. Ratio of n-6 to n-3 fatty acids and bone mineral density in older adults : the Rancho Bernardo Study. Am J Clin Nutr. 2005 ; 81 (4) : 934-8. (Etude détaillée dans les articles "Descriptif de l'étude" et " Des données encourageantes à confirmer")

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