Nutrition Préventive - Isio 4

Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Activité physique, personnes âgées et obésité.

Activité physique, personnes âgées et obésité.

Fabien Pillard (Toulouse) a partagé son expérience sur le choix de l’activité physique à conseiller aux sujets âgés en excès de poids.

Il a rappelé les conséquences du vieillissement et du triptyque sarcopénie/excès de masse grasse/baisse d’activité physique, sur les ressources fonctionnelles physiques, cognitives et sociales du sujet âgé. « A cela, s’ajoute le problème de l’obésité sarcopénique qui va aggraver la situation », ajoute-t-il. L’obésité chez les sujets âgés pose un véritable problème. Les données du baromètre Eurostat indiquent que la prévalence de l’obésité augmente avec l’avancée en âge. « On voit dans l’union européenne, un pic d’obésité chez les 65-74 ans à 22.1 % et la France suit la tendance générale avec ses 22.5 % de prévalence d’obésité dans cette tranche d’âge ». Et pourtant, de façon contradictoire, d’autres rapports de l’Union Européenne indiquent que plus de 71 % des hommes et plus de 61 % des femmes atteignent les recommandations d’activité physique de l’OMS. Un paradoxe épidémiologique ? « Il faut plutôt se questionner sur le type d’activité pratiquée et si ces recommandations sont bien adaptées à la prise en charge du problème », répond Fabien Pillard. Il rappelle que le développement de la performance en endurance, autrement dit la capacité à consommer beaucoup d’oxygène, est un facteur important de survie. En 2014, une méta-analyse (Blair S, 2014) a montré que lorsqu’ils étaient entrainés, les sujets obèses ou en surpoids avaient deux fois moins de risque de mortalité que lorsqu’ils n’étaient pas entrainés. Leur niveau de risque de mortalité atteignait même celui de sujets de poids normal entrainés. On peut donc en conclure que les efforts en matière de réduction du risque de mortalité chez les patients en excès de poids devraient se centrer sur le développement de la condition physique plutôt que sur la perte de poids. Peut-on en espérer autant chez le sujet âgé en excès de poids?

Fabien Pillard cite deux études récentes sur le sujet. La première (Sandbakk SB et al., 2016) s’est intéressée spécifiquement à une population de personnes de 70 à 77 ans en excès de poids. Elle a mesuré leur temps d’activité journalière et leur capacité cardiorespiratoire (VO2max). Les données révèlent que leur risque de développer une maladie cardiovasculaire ajusté sur leur sédentarité et leur activité physique hebdomadaire était corrélé à leur capacité cardiorespiratoire. « Cela veut dire que le niveau de capacité fonctionnelle en endurance est, chez la personne âgée en excès de poids et sédentaire, favorablement associée à une protection vis-à-vis du risque cardiovasculaire même si les recommandations minimales d’activité physique et de lutte contre la sédentarité ne sont pas satisfaits », commente-t-il. Le problème est que pour développer cette capacité, il faut un entrainement spécifique avec notamment des exercices de haute intensité. La deuxième étude a testé chez des sujets âgés obèses l’effet d’une activité physique hebdomadaire modérée à vigoureuse sur le risque de mortalité. Contrairement à toute attente, le risque de mortalité est diminué de 20 % quand les sujets font la moitié de ce qui est recommandé et de 30 % seulement lorsqu’ils font une fois et demi ce qui est recommandé. Aller au delà des recommandations n’apporterait pas une protection supérieure vis-à-vis du risque de mortalité. Pour Fabien Pillard, on ne peut cependant pas se fonder sur cette deuxième étude. « C’est la qualité de l’activité physique qui doit être travaillée, notamment parce que l’augmentation de l’intensité de l’exercice va permettre de passer de l’oxydation des glucides à celles des lipides ».

Si l’avancée en âge nécessite une intensité supérieure pour y parvenir, l’entrainement permet d’y arriver plus vite même chez le sujet obèse. A ses patients âgés et en excès de poids, il conseille tout d’abord de bouger un peu plus qu’à l’ordinaire. « On peut dans un premier temps proposer des activités modérées à vigoureuses au patient 15 à 30 minutes trois fois par semaine ». Les activités domestiques ou de loisirs sont des moyens de travailler l’intensité. Enfin, pour développer la performance en endurance, on peut proposer des activités plus intenses et sportives par petites périodes de 5 à 10 minutes par séance. « Mais il faut auparavant avoir évalué le potentiel du patient ». Enfin, on peut aussi lui proposer du renforcement musculaire à l’aide de 4 types d’activités : un entrainement « contre-résistance » (avec élastiques, chaise, marches d’escalier…) 2 fois par semaine à 70 % de la force maximale volontaire ; un travail de l’équilibre ; des exercices d’amplitude articulaires ; et une stimulation osseuse. Pour finir, il cite une étude très récente démontrant que le sujet âgé obèse n’est pas plus fragile qu’un sujet âgé non obèse sur le plan osseux, mais qu’il a plus de risque de chute en raison probablement d’une moindre masse musculaire, d’une moindre amplitude articulaire et d’un défaut d’équilibre. « Cette étude recadre le débat sur la démarche à avoir auprès du sujet âgé obèse », conclut-il.

Communication orale « Activité physique et surpoids chez la personne âgée ». Fabien Pillard. Journées Francophones de Nutrition 30 nov-2 déc. 2016 Montpellier.

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 4, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Pour recevoir la lettre d'information
mensuelle Nutrition et Prévention
Pour vous abonner aux Cahiers
de nutrition et de diététique