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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Étiquetage nutritionnel : l’évaluation en conditions réelles débute

Étiquetage nutritionnel : l’évaluation en conditions réelles débute

Le 16 septembre dernier, au cours d’une conférence de presse organisée par le ministère de la Santé, le directeur général de la santé, Benoît Vallet, et Christian Babusiaux, président du Fonds français alimentation et santé ont présenté les modalités de sa mise en œuvre.

On sait les polémiques récentes que cette expérimentation a soulevées dans la presse à propos de supposés conflits d’intérêt et de la présence des industriels et des distributeurs dans le comité de pilotage (mais non dans le comité scientifique qui a élaboré le protocole ni dans l’instance qui analysera les données recueillies). Les informations suivantes devraient rassurer ceux qui ont douté de l’objectivité de cette étude.

Quatre systèmes sont testés :

deux systèmes « synthétiques », le Nutriscore (autrefois appelé 5-couleurs) et le repère alimentaire SENS (fondé sur le système de classement SAIN-LIM). Ils présentent de façon graphique et colorielle la conclusion d’un algorithme prenant en compte les différents nutriments. Ils ont déjà fait l’objet d’études scientifiques ;

• deux systèmes « analytiques », Nutri Couleurs (équivalent du « Multiple Traffic Lights » du Royaume-Uni) et Nutri Repère (adapté des « GDAs »), qui présentent des données chiffrées d’apports en certains nutriments sous forme de graphique coloré ou non. Ils sont déjà couramment utilisés en Europe.

 

L’évaluation comparative doit durer 10 semaines, démarrant le 26 septembre pour finir le 4 décembre 2016. Les populations issues des catégories socio-économiques les plus défavorisées sont la principale cible de l’expérimentation qui se déroule dans la grande couronne de l’Île-de-France, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, la Haute Normandie et dans la région Rhône-Alpes (Lyon).

Trois enseignes de distribution ont accepté de participer à l’opération : Casino, Carrefour Market et Simply Market. Soixante supermarchés, situés dans des zones à forte prévalence de personnes à faibles revenus ont été tirés au sort. Vingt magasins servent de groupe témoin tandis que chacun des 4 systèmes est testé dans 10 magasins. « Le choix de magasins concentrés dans quelques régions permet d’éviter un effet du climat », indique Noël Renaudin, président du comité scientifique.

Seuls 4 rayons sont concernés par l’évaluation, principalement pour des raisons budgétaires car sur les 2,2 millions d’euros de budget, 48 % sont pris en charge par la CNAM et la DGS et 52 % par une centaine d’industriels : le traiteur frais (salades, tartes, plats cuisinés, hors snacking, charcuteries, produits de la mer), la viennoiserie industrielle (brioches, croissants, madeleines et pains fourrés), les pains et pâtisseries industrielles (pains de mie, pains en tranches, pains spéciaux. . .) et les plats cuisinés en conserves (cassoulet, paëlla, taboulé. . .). Les produits laitiers ont dû être écartés en raison du grand nombre de référence et d’un réassortiment beaucoup plus fréquent que celui des autres produits. « Nous avons choisi des rayons qui permettent d’observer de vrais différences de score FSA, choisi comme critère de jugement validé, et des différences entre systèmes d’étiquetage », précise Noël Renaudin. Soit plus de 1 300 références étiquetées (avec l’accord de 29 fabricants et 3 marques de distributeurs) et plus 2 000 000 d’étiquettes générées (en intégrant le réassort des rayons).

Pour étiqueter correctement les produits, l’Inra (ALISS) a spécialement conçu un logiciel intégrant les données nutritionnelles des produits dont certaines comme les fibres ont été demandées aux fabricants. L’étiquetage, totalement automatisé, permet aux 65 chargés d’étiquetage d’attribuer la bonne étiquette d’après le code barre du produit et selon le système graphique testé. Les zones testées dans chaque magasin sont repérées par des « Stop rayons » en début et fin de zone test. Des totems à l’entrée du magasin et dans les rayons mettent à disposition des brochures expliquant le système évalué. Des contrôles d’étiquetage et du bon déroulement de l’expérimentation sont réalisés régulièrement par 20 diététiciens, 6 auditeurs et les services de la DGCCRF. En parallèle, 20 enquêteurs du CREDOC effectuent une enquête qualitative en magasin et à domicile auprès d’un échantillon de consommateurs sur la visibilité des étiquettes, leur compréhension, leur utilité perçue et les intentions d’achats des clients. Les données sur l’évolution des ventes en magasin, la rotation des rayons . . . seront communiquées par les enseignes partenaires. Fin 2016—début 2017, les données principales devraient être rassemblées et analysées par une instance indépendante. Il serait bon, pour éviter toute suspicion, que les données brutes soient accessibles à tous.

À l’issue de ce travail, le système graphique qui apparaîtra à l’Anses (chargé d’évaluer les données) comme le mieux adapté et le plus susceptible d’influer favorablement le comportement d’achat des consommateurs sera conseillé aux opérateurs économiques mais aussi proposé par la France aux pays membres de l’Union européenne pour un déploiement à l’échelon Européen.

 

Lancement de l’évaluation de 4 systèmes d’étiquetage nutritionnel simplifié — Direction générale de la santé — 16 septembre 2016. Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Plus d’information sur http://alimentationsante. org/  

 

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2016, 51, p2, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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