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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Etiquetage nutritionnel : les résultats de l’évaluation en conditions réelles d’achat

Etiquetage nutritionnel : les résultats de l’évaluation en conditions réelles d’achat

Les lecteurs des Cahiers ont appris que la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé (cf. Edito n°2/2017) a choisi d’adopter le logo Nutri-Score (ex 5C) qui est sorti en tête de la vaste étude, une première sans doute mondiale, menée le Fonds Français Alimentation et Santé (FFAS) à l’initiative du Ministère pour évaluer en conditions réelles d’achat la capacité à modifier dans un sens favorable à la santé la composition du panier des acheteurs dans les supermarchés de 4 logos placés en face avant de certains produits manufacturés.

Ceux qui souhaiteraient connaître les résultats complets de cette étude trouveront sur le site de la SFN (http://sf-nutrition.org) la présentation synthétique qu’en a faite notre collègue Benoît Valet, Directeur Général de la Santé, et sur le site du FFAS (http://alimentation-sante.org) le rapport plus détaillé du Comité Scientifique de l’étude ainsi que les résultats de l’étude qualitative qu’a menée le Credoc.

Les Cahiers s’étant particulièrement impliqués dans la problématique des systèmes graphiques d’information nutritionnelle (logos), ces résultats justifient que l’on fasse à leur propos quelques commentaires.

  1. Le FFAS, porteur opérationnel de l’étude, a mené à son terme avec rigueur, honnêteté et efficacité le protocole scientifique complexe proposé, en dépit de la campagne calomnieuse dont il a été l’objet (Edito n°4/2016). Les résultats objectifs obtenus en attestent.
  2. Trois des quatre logos testés ont montré sans ambiguïté une certaine capacité à modifier les comportements d’achats des consommateurs en améliorant le score nutritionnel FSA choisi comme référence, ce qui n’avait jamais été démontré avant dans un contexte naturel : Nutri-Score, Nutri-Couleur et SENS. Ils abaissent respectivement le score FSA de -0,267, -0,233 et -0,198 points. Le score FSA moyen étant de 6, les améliorations constatées représentent respectivement 4,45%, 3,9% et 3,3%. Elles sont donc à la fois proches et de faible amplitude ce qui laisse malgré tout un peu sceptique sur l’importance de leur impact réel en termes de santé (Cf. rapport de l’Anses, CND n° 2/2017) d’autant que nul ne sait si les effets constatés en cours d’étude (10 semaines) ne s’atténuent pas beaucoup avec le temps.
    La validité de ces résultats se trouve confortée par ceux obtenus en conditions expérimentales en laboratoire par Bernard Ruffieux (Voir article dans ce numéro) : l’efficacité de ces trois logos se trouve classée dans le même ordre avec une amélioration plus importante du score FSA (9,3%, 4,8% et 3,6% respectivement) ce qui était attendu dans une étude fermée qui élimine le bruit de fond et les biais inhérents à une étude en milieu naturel.
  3. Nutri-Score s’avère le seul à n’entraîner aucune dégradation du score FSA selon les catégories de produits ou les catégories d’acheteurs et a un effet plus marqué chez les acheteurs des produits les moins chers supposés être les plus défavorisés.
  4. L’étude qualitative du Credoc montre que les logos synthétiques (Nutri-Score et SENS) sont les plus visibles et permettent un meilleur classement des produits mais ils n’informent pas sur leur composition nutritionnelle. La couleur verte est interprétée comme d’origine Bio par plus d’un tiers des consommateurs.

La querelle des logos est-elle donc finie ? Pas si sûr ! Si la plupart des acteurs économiques (industriels et distributeurs) s’accordent maintenant sur l’utilité d’un logo « face avant », des divergences importantes apparaissent quant au choix de celui-ci. L’unanimité semble loin d’être acquise et puisque l’apposition des logos n’est pas obligatoire, des refus ne sont pas à exclure de même que des propositions alternatives dont on imagine mal qu’elles puissent faire l’unanimité. Il y a pourtant intérêt à ce qu’un maximum de produits soient étiquetés car l’étude a aussi montré un effet positif sur les achats de produits sans logo voisins des produits non étiquetés.

De plus la conformité des logos à la réglementation européenne pourrait poser problème, les logos synthétiques ne répondant pas vraiment à la lettre de l’article 35 du règlement INCO ; question d’interprétation. Ces aspects juridiques ne sont pas du ressort du nutritionniste.

Constatons simplement qu’à l’heure où nous mettons sous presse le décret d’application n’est pas paru.                                                                                                                           

B. Guy-Grand, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 109, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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