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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques France : les consommations de fruits et légumes chutent

France : les consommations de fruits et légumes chutent

L’analyse des dernières données de l’enquête sur les Comportements et consommations alimentaires en France (CCAF — 1500 ménages représentatifs — été 2016) du Crédoc révèle que les générations les plus jeunes consomment quatre fois moins de fruits et de légumes que leurs grands-parents.

La mise en place des messages sanitaires sur les publicités en 2007 avait pourtant laissé espérer une amélioration des consommations puisque le Crédoc avait noté entre 2007 et 2010 une hausse de 4 points du nombre d’adultes respectant les recommandations de 5 portions de fruits et légumes par jour (passant de 27 à 31 % des adultes). En 2016, la crise économique a balayé ces espérances. Les chiffres sont tombés à 25 % des adultes respectant les recommandations et la part des petits consommateurs (< 3,5 portions/jour) s’est accrue de 8 points par rapport à 2010 pour atteindre 54 % des adultes. Chez les enfants, le constat est le même : 6 % atteignent les recommandations et 45 % consomment moins de 2 portions par jour.

Ces faibles consommations de fruits et légumes semblent être influencées par divers facteurs.

Les petits consommateurs de fruits et légumes sont plus fréquents chez les peu ou non diplômés. Ainsi en 2016, 53 % des enfants d’individus « non diplômés » sont concernés contre 23 % des enfants de parents avec Bac+3. Chez les adultes, la situation a changé. L’écart des consommations observé en 2010 selon le niveau de diplôme (55 % versus 22 %) s’est considérablement réduit : en 2016, les petits consommateurs de fruits et légumes sont presque autant parmi les Bac+3 (48 %) et que parmi les « non diplômés » (63 %). Problème de pouvoir d’achat ?

Les inégalités de consommations sont aussi fonction du territoire. Celles observées en 2010 se sont accrues en 2016. La région Nord compte la plus forte progression du pourcentage de petits consommateurs : +21 points chez les enfants et +30 points chez les adultes par rapport à 2010 tandis que la hausse nationale est de 11 points chez les enfants et de 9 points chez les adultes. Chez les enfants, trois autres régions affichent une augmentation importante du nombre de petits consommateurs : le bassin parisien Est (+20 points), la région Ouest (+17 points) et la région Méditerranée (+12 points). Chez les adultes, on note une augmentation du nombre de petits consommateurs dans le Sud-Ouest (+14 points) et la région Méditerranée (+10 points).

Un effet « générationnel » est aussi noté lors de la comparaison des consommations des jeunes adultes de 25 ans nés entre 1987—1996 par rapport à ceux nés entre 1967—1976. Les quantités de légumes et de fruits consommés par la jeune génération sont la moitié (50 g de légumes et 45 g de fruits) de celles de leurs aînés au même âge (150 g de légumes et 100 g de fruits). En cause, le mode de vie plus urbain et plus nomade des jeunes générations qui les conduit davantage vers une alimentation hors domicile et des aliments plus pratiques et rapides à préparer. Les compotes en sont un exemple. Leurs consommations par les adultes ont augmenté de 53 % entre 2013 et 2016 au détriment de celles des fruits frais.

La taille du foyer influence également les consommations : plus le foyer compte d’enfants et moins on y consomme de fruits et légumes. Ainsi, la proportion d’enfants très faibles consommateurs est de 17 points plus élevée dans les familles avec trois enfants que dans les familles avec enfant unique. Chez les adultes, le constat est le même avec 69 % de très faibles consommateurs dans les foyers avec trois enfants contre 40 % dans les foyers sans enfant.

Enfin, les analystes observent l’importance des fruits dans les consommations des adultes qui atteignent le repère de 5 fruits et légumes par jour. Ils consomment sept fois plus de fruits frais et trois fois plus de légumes frais que les petits consommateurs.

Pour le Crédoc, la mise en place de politiques publiques ciblées et de proximité sont plus que jamais nécessaires pour réduire les fractures alimentaires qui s’installent.

Tavoularis G, Hébel P. Crédoc. Fruits et légumes : les Français suivent de moins en moins la recommandation. Consommation et modes de vie n292 juillet 2017. 


C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 225, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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