Nutrition Préventive - Isio 4

Nutrition et prévention : Actualités scientifiques INCA 3 : la part des produits transformés augmente

INCA 3 : la part des produits transformés augmente

Les résultats très attendus de la troisième étude sur les consommations et les habitudes alimentaires de la population française viennent de paraître. Plus de 3150 adultes et 2690 enfants y ont participé entre 2014 et 2015, répondant à 150 questions et fournissant 13 600 journées de consommation. 


L’analyse de ces données révèle que les adultes français consomment en moyenne 2,9 kg d’aliments par jour, les adolescents 2,2 kg et les enfants de moins de 10 ans 1,6 kg. Les boissons constituent plus de la moitié de cette ration et l’eau compte pour la moitié des boissons consommées. Quel que soit l’âge, le petit déjeuner représente 17 % des consommations, le déjeuner et le dîner en représentent chacun environ 30 %. Le goûter occupe une place plus importante chez les plus jeunes : 14 % chez les enfants de 0 à 10 ans, 8,2 % chez les adolescents de 11 à 17 ans et 3,5 % chez les adultes. Aussi bien chez les enfants que chez les adultes, les fruits, les légumes, les yaourts et fromages blancs sont trois des cinq contributeurs de la ration journalière d’aliments. Suivent les viennoiseries, gâteaux et biscuits sucrés, ainsi que les pâtes et autres céréales chez les enfants et les adolescents, et le pain et les soupes chez les adultes.  

Résultat sans surprise, les hommes mangent plus que les femmes, quel que soit l’âge. Autre cliché qui se vérifie, le menu des hommes est riche en produits céréaliers, légumineuses, fromage, viandes, charcuteries, boissons alcoolisées et crèmes dessert tandis que les femmes privilégient les yaourts, fromages blancs, compotes, volailles, soupes et boissons chaudes. Comme attendu, la consommation defruits augmente avec le niveau d’étude alors que cellede boissons sucrées (BRSA) diminue, quel que soit l’âge.  Par exemple, les sujets avec un niveau d’étude primaire consomment 2,5 fois moins de fruits et 2 fois plus de boissons sucrées qu’un sujet avec un Bac+4.

La ration journalière augmente jusqu’à 64 ans puis diminue. L’apport énergétique suit les mêmes variations avec 1504 kcal/j chez les moins de 10 ans, 1974 kcal/j chez les adolescents, 2200kcal/j chez les adultes puis se réduit à 1900kcal entre 65—79 ans. La contribution des macronutriments à l’apport énergétique évolue légèrement avec l’avancée en âge : les protéines et les lipides augmentent légèrement tandis que les glucides diminuent. Chez les enfants comme chez les adultes, 60 % des apports protéiques proviennent des produits animaux. Concernant les apports en lipides des moins de 17 ansles acides gras saturés représentent environ la moitié des apports en acides gras, lesacides gras mono-insaturés un peu plus d’un tiers et les acides gras poly-insaturés environ un sixième. Les apports en sel sont encore trop élevés chez les adultes (9 g/j chez les hommes au lieu de 8 g/j recommandés et 7 g/j chez les femmes au lieu de 6,5 g/j) tandis que les apports en fibres sont encore inférieurs aux recommandations (20g/j chez l’adulte au lieu des 30 g/j recommandés).

Quelques particularités régionales, déjà notées les années précédentes, se confirment comme la moindre consommation de charcuteries en Île-de-France comparé à ceux vivant dans le Nord-Ouest, qui quant à eux consomment moins de fruits et légumes et plus de pommes de terre. La consommation de boissons sucrées est plus importante dans le Nord que dans le Sud. Enfin, les urbains consommentplus de poissons, confiseries et chocolat et jus de fruitstandis que les ruraux consomment davantage de charcuteries, légumes et fromages.

Comparé aux données d’INCA 2, dont la méthodologie n’est pas identique à celle d’INCA 3 en raison d’une harmonisation européenne (ce qui rend difficile les comparaisons), il semble que les aliments comme les légumes, les pommes de terre et céréales, la viande et le poisson soient davantage consommés sous forme transformée ou  sous forme de plats composés. La consommation de sandwichs, pizzas, quiches, pâtisseries salées est également plus élevée dans l’étude INCA 3. Les produits agroalimentaires industriels représentent la majorité de ces aliments consommés par les Français hors restauration : deux tiers chez les enfants (0—17 ans) et la moitié chez les adultes. Les aliments fait-maison correspondent à un cinquième des aliments consommés par les enfants et un tiers de ceux par les adultes. À l’inverse, la contribution du groupe des légumes à la ration journalière est moindre comparée à celle de l’étude INCA 2. Ces mêmes constats sont observés également chez les enfants de 3 à 17 ans. Une plus grande contribution à l’AET est également observée pour les confiseries et le chocolat ainsi que pour les pâtes, riz, blé et autres céréales chez les enfants dans l’étude INCA 3 par rapport à l’étude INCA 2. 


Un certain nombre de pratiques potentiellement à risques sont en progression dans l’étude INCA 3 : augmentation de la consommation de denrées animales crues, temps plus longs de conservation avant consommation des denrées périssables, dépassements plus fréquents des dates limites de consommation, températures inadaptées des réfrigérateurs. La consommation de denrées crues d’origine animale (à base d’œufs, de poissons, mollusques, bœuf) est plus fréquente parmi les individus de sexe masculin ou dont le niveau d’étude ou la profession ou catégorie socio-professionnelle sont élevés. Elle a progressé depuis l’étude INCA 2, avec notamment un doublement du taux de consommateurs de poissons crus (de 15 % à 31 %) et une progression significative de celui de viande de bœuf crue (de 24 % à 30 %). 


Autre préoccupation de l’Anses, l’approvisionnement via des circuits non ou partiellement soumis aux contrôles officiels de sécurité des services publics (autoproduction, chasse, pêche, cueillette, eau de puits privé) concerne jusqu’à 75 % des individus. Or, les aliments issus de ces circuits sont susceptibles de présenter des contaminations physico-chimiques ou bactériologiques mal documentées à ce jour.

Le taux de consommateurs de compléments alimentaires (en incluant les médicaments sources de nutriments) a nettement progressé entre 2006—2007 et 2014—2015, aussi bien chez les enfants de 3 à 17 ans (passant de 12% à 19%) que chez les adultes (passant de 20 % à 29 %). Les femmes, les sujets de 18 à 44 ans et ceux avec un niveau d’étude élevé davantage que les autres. Les compléments alimentaires sont principalement achetés en pharmacie (78 % pour les enfants et 45 % pour les adultes) mais l’achat sur Internet s’est fortement développé chez les adultes (passant de 1 % à 11 %) depuis l’étude INCA 2 (2006—2007), avec les risques que cette source peut entraîner.

Concernant le statut pondéral, les prévalences pour la maigreur, le surpoids (hors obésité) et l’obésité sont respectivement de 11 %, 13 % et 4 % chez les enfants de moins de 17 ans et de 3,2 %,34 % et 17 % chez les adultes. La prévalence du surpoids, et plus encore celle de l’obésité, diminuent quand le niveau d’étude augmente. Entre les deux niveaux extrêmes (primaire ou collège et Bac+4 ou plus), le taux d’obésité est divisé par 3 chez les enfants et par 2,5 chez les adultes. Chez les adultes, et plus particulièrement chez les hommes, une disparité régionale est mise en évidence avec des taux d’obésité plus faibles en Île-de-France (10 %) et dans le Sud-Est (10 %), comparativement au Nord-Est (22 %). Par rapport à INCA 2 (2006—2007), les prévalences sont restées stables chez les enfants de 3—14 ans, le surpoids a augmenté chez les adolescents de 15—17 ans (passant de 9 % à 15 %) ainsi que l’obésité chez les adultes (passant de 12 % à 17 %). Ces deux dernières données diffèrent des résultats des études ENNS-2006 et Esteban-2015 qui concluent à la stabilisation des prévalences du surpoids chez l’adolescent et de l’obésité chez l’adulte entre 2006 et 2015. L’étude INCA2 avait-elle sous-estimé la prévalence de l’obésité ?

Concernant le mode de vie des Français, un quart des enfants de 3 à 10 ans, la moitié des adolescents de 11 à 14 ans, deux tiers des adolescents de 15 à 17 ans et plus de 80 % des adultes ont un comportement sédentaire. Le temps moyen passé quotidiennement devant un écran pour les loisirs a augmenté d’environ 20 minutes chez les enfants et de 1 h 20 chez les adultes entre les études INCA 2 et INCA 3. Des disparités individuelles sont notées selon le niveau d’étude du chef de foyer.

De même des disparités de comportement alimentaire chez les adultes uniquement sont notées selon le sexe, l’âge et le niveau d’études. Ainsi, les femmes respectent davantage les recommandations alimentaires que les hommesles 65—79 ans ont des rythmes alimentaires plus réguliers et consomment davantage d’aliments faits maison et lesindividus avec niveau d’étude supérieur sont plus prochesdes recommandations en termes de consommations alimentaires, de statut pondéral et d’activité physique.

Enfin, INCA 3 a aussi été l’occasion d’évaluer la familiarité des Français avec les repères alimentaires. À l’exceptiondu repère alimentaire sur les fruits et légumes et du repèresur l’activité physique, seule une part minoritaire de lapopulation connaît les précédents repères du Programmenational nutrition santé (PNNS) établis en 2001.

Cette photographie actualisée des consommations et habitudes alimentaires des français en 2014—2015 suscite plusieurs commentaires de la part de l’ANSES :

• La diversité des comportements au sein de la population nécessite de cibler les messages de prévention selon lapopulation concernée ;

 • Le recours croissant à une alimentation transformée etcomplexe peut rendre difficile l’applicabilité des messages de prévention basés sur les groupes d’aliments bruts ou peu transformés ;

 • L’augmentation de moitié du nombre de consommateurs de compléments alimentaires renforce l’intérêt du dispositif de nutrivigilance visant à améliorer la sécurité du consommateur ;

• L’approvisionnement grandissant via des circuits non ou partiellement soumis à des contrôles doit inciter à l’évaluation des risques potentiels associés à ces pratiques ;

• L’augmentation des pratiques potentiellement à risque nécessite de rappeler aux consommateurs les fondamentaux de l’hygiène alimentaire.

L’Anses prévoit des analyses approfondies des données de l’étude INCA 3 concernant les apports en macronutriments, en acides gras, vitamines et minéraux ainsi que sur les risques liés à la sédentarité et l’insuffisance d’activité physique.

INCA 3 — Troisième étude individuelle nationale des consommations alimentaires. 12 juillet 2017 —  www.anses.fr

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 226, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Pour recevoir la lettre d'information
mensuelle Nutrition et Prévention
Pour vous abonner aux Cahiers
de nutrition et de diététique