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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Journée francophones de nutrition 2015 : Disparités sociales des pratiques culinaires

Journée francophones de nutrition 2015 : Disparités sociales des pratiques culinaires

Caroline Méjean (Paris) a présenté les données des travaux de l’EREN sur les disparités sociales des pratiques culinaires des participants de l’étude Nutrinet-Santé. « Ces pratiques qui figurent en dehors des consommations alimentaires sont rarement explorées », remarque-t-elle. « Pourtant, elles sont, selon plusieurs études, un des leviers d’action pour améliorer la qualité de l’alimentation ».

Un questionnaire concernant l’ensemble des pratiques liées à la préparation des repas depuis le découpage des produits jusqu’à leur cuisson a été élaboré. «Les dimensions étudiées étaient la fréquence des pratiques culinaires, l’intérêt porté à celles-ci, le temps consacré à la préparation, le savoir-faire, la complexité des préparations via l’utilisation d’aliments bruts et l’équipement de cuisine », précise la chercheuse.

Ces dimensions ont été collectées auprès de 62 399 nutrinautes dont 80 % étaient des femmes. Résultat, l’âge est positivement associé à la fréquence hebdomadaire de cuisiner chez les femmes alors qu’il est inversement associé chez les hommes. «Les femmes jeunes cuisinent moins que leurs aînées tandis que les hommes âgés cuisinent moins que les plus jeunes ». Un effet générationnel ? Moins surprenant, les femmes en couple ou avec un enfant cuisinent plus souvent que celles célibataire. «C’est l’inverse chez les hommes». Concernant les paramètres socioculturels, un niveau d’éducation primaire et un revenu inférieur à 900€ par mois sont associés au fait de ne jamais cuisiner. Pour autant, concernant la cuisine du quotidien, les femmes de niveau d’éducation primaire étaient plus susceptibles d’aimer cuisiner que celles de niveau d’éducation supérieur. Chez ceux qui cuisinent au moins une fois par semaine, l’âge est associé au temps de préparation des repas pour les deux sexes. Ce temps de préparation est aussi plus long lorsque les femmes ont un enfant (37 min versus 34 min) ou vivent en couple (44 min vs 34 min). « Et ceux qui ont un niveau d’éducation primaire, sont sans emploi ou retraités passent plus de temps à cuisiner que les cadres, ceux avec un emploi ou un niveau d’éducation élevé », ajoute C. Méjean.

Concernant l’intérêt porté à la cuisine, les jeunes se sentent davantage concerné que les sujets de plus de 60 ans. Toutefois, concernant la population féminine, celles à revenus plus élevés, celles retraitées et celles sans emploi, s’y intéressent moins que celles à faible revenu ou à niveau d’éducation primaire. Elles ont certainement d’autres préoccupations ou centres d’intérêt. Enfin, au sujet du savoir-faire, celui-ci augmente avec l’âge (chez la femme), le fait de vivre en couple (femme) ou d’avoir un enfant. Caroline Méjean conclut que l’âge, le statut marital et le fait d’avoir des enfants, sont associés aux différentes dimensions des pratiques culinaires, particulièrement chez les femmes alors que les facteurs socio-économiques sont surtout associés à la fréquence et au temps passé à cuisiner.

À l’issue de son intervention, la chercheuse répond à l’hypothèse de départ considérant que les pratiques culinaires pourraient être un levier d’action sur la qualité de l’alimentation. « Il existe bien une association entre la faible qualité de l’alimentation et le fait de peu cuisiner. Pour autant, le fait de posséder davantage de compétences culinaires n’est pas la garantie d’une alimentation de qualité puisque cela est associé à une alimentation plus riche en lipides ».
 

Journées francophones de nutrition – 9-11 décembre 2015-Marseille. www.lesjfn.fr
C. Costa pour les Cahiers de nutrition et de diététique , © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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