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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Journée francophones de nutrition 2015 : Prédire l’impact de la nutrition sur la survenue d’évènements vasculaires

Journée francophones de nutrition 2015 : Prédire l’impact de la nutrition sur la survenue d’évènements vasculaires

Jean-Charles Martin (Marseille) a présenté l’intérêt des « omiques » pour étudier l’impact de la nutrition sur un certain nombre de pathologies, en évoquant en particulier les pathologies vasculaires. Il explique que les technologies « omiques » offrent une vision globale des influences multifactorielles de la nutrition et de l’environnement sur les systèmes biologiques. Les réponses qui en sont issues sont, elles-mêmes, multifactorielles. Et elles peuvent s’échelonner sur des durées de temps importantes. «La biologie des systèmes a ceci d’intéressant qu’elle permet d’intégrer différents niveaux d’informations pour comprendre comment fonctionnent des systèmes biologiques », analyse-t-il.

La stratégie développée dans son équipe est celle des modules biologiques. Elle consiste à considérer les gènes, les régulateurs, protéines et métabolites comme appartenant à une même voie biologique. « Cela permet de stratifier et de simplifier l’information. Et en regroupant ces informations on peut les assembler et regarder les relations entre les différentes fonctions biologiques pour déterminer un phénotype particulier ». J.-C. Martin cite les données d’une étude publiée par son laboratoire. Au-delà de la problématique qui était d’étudier l’impact de matières grasses transformées laitières sur le risque d’athérosclérose, c’est l’apport des technologies « omiques » qui impressionne. «Les analyses biochimiques combinées à celles métaboliques ont permis de récolter environ 1700 variables pour chaque rongeur». Les variables les plus discriminantes et liées au phénotype athéromateux en ont été extraites. Et des régions correspondant à des grandes fonctions biologiques ont été identifiées. « Pour chacun de ces modules, 0 on calcule un score qui intègre une équation prédictive de l’athérosclérose », explique-t- il. Les fonctions biologiques liées à la maladie et celles affectées ou non par la qualité des régimes sont ainsi identifiées. Cette équation, qui intègre la part de chacune des fonctions biologiques identifiées a per- mis de prédire le risque d’athérosclérose et de le superposer à la réalité. « On peut ainsi avoir une vision simple, panoramique et compréhensible de phénomènes complexes ».

Ces technologies sont actuellement utilisées dans une étude clinique en cours sur les AVC hémorragiques et dont J.- C. Martin présente les données préliminaires. « Trente pour cent des sujets ayant vécu un premier évènement hémorragique en vivent un second d’ordre ischémique environ 2 semaines après le premier avec des conséquences dramatiques », indique-t-il. Le problème est que pour le moment, on ne sait pas prédire la survenue de ce vasospasme chez un patient. L’approche métabolique montre ici tout son intérêt. Le profilage métabolique des plasmas de patients arrivés aux urgences dès le premier évènement vasculaire a permis de séparer les patients en deux groupes: ceux qui feront un vasospasme et ceux qui n’en feront pas. «Nous avons pu identifier les métabolites associés à cette discrimination. Ils ont été intégrés dans un système de modélisation et une voie métabolique particulière, celle des acides dibasiques branchés en C5, a été identifiée ». Cette voie métabolique dont l’existence chez l’homme a récemment été confirmée par une équipe Suisse est liée à l’inflammation dans le cer veau. Une enzyme de cette voie métabolique a aussi été identifiée. «Nous avons cherché un moyen pratique pour les médecins urgentistes de calculer pour chaque patient son score de risque de vasospasme ». Ces résultats sont en cours de validation sur une seconde cohorte. « En parallèle, nous avons analysé les apports alimentaires des patients et avons identifiés qu’un profil alimentaire riche en acides gras polyinsaturés n—6 — confirmé par les analyses biochimiques — était associé à un risque élevé de vasospasme ». Chez les patients sans risque de vasospasme, des marqueurs de consommation de matières grasses laitiers étaient identifiés. « Les analyses sont en cours de finalisation. Une équation devra ensuite déterminer la part de l’alimentation dans l’apparition de ce vasospasme ».

J.-C. Martin conclut que la modélisation en biologie intégrative est très utile pour faire de la prédiction : « Une voie s’ouvre pour l’apparition de nouveaux marqueurs multiplexes car les assembler permettra de gagner en spécificité ». Elle est aussi utile pour faire du descriptif. « Elle permet d’obtenir une vision panoramique des évènements qui conduisent aux dérives pathologiques, et d’identifier les cibles nutritionnelles de ces pathologies tout en hiérarchisant l’impact réel de la nutrition ».
 

Journées francophones de nutrition — 9—11 décembre 2015 — Marseille. www.lesjfn.fr
C. Costa pour les Cahiers de nutrition et de diététique , © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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