Nutrition Préventive - Isio 4

Nutrition et prévention : Actualités scientifiques L’Anses fait le point sur les risques de maladies chroniques associés à l’alimentation

L’Anses fait le point sur les risques de maladies chroniques associés à l’alimentation

Pour l’actualisation des repères du PNNS, l’Anses a dû mettre à jour les bases scientifiques sur lesquelles les anciens repères de consommation alimentaires (PNNS 2001—2005) avaient été fondés. Pour réaliser ce travail, l’Agence est partie de l’examen de documents de consensus internationaux (EFSA, OMS...), du rapport australien de 2011 et du travail du WCRF de 2007. Puis les articles originaux publiés après ces rapports (entre 2009 et 2013) ont été analysés.

Les maladies chroniques non transmissibles retenues sont celles dont la prévalence est élevée dans la population et pour lesquelles des relations fortes avec certains groupes alimentaires ont été identifiées : les cancers du côlon, du rectum, de la prostate et du sein, les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’obésité, le déclin cognitif pathologique et l’ostéoporose.

Les groupes d’aliments étudiés sont les légumineuses, légumes, fruits, fruits à coque, viandes, plats composés, matières grasses ajoutées, poissons et produits de la mer, produits laitiers, céréales, boissons, soda, produits sucrés, produits de snacking, bonbons/chocolats, œufs. Une approche par typologie alimentaire, bien plus représentative de l’alimentation des individus a aussi été intégrée à l’analyse (typologie « occidentale », « prudent/sain » et « méditerranéenne »). L’agence a édité le résultat de cette mise à jour en même temps que le rapport sur les nouveaux repères du PNNS.

L’analyse de l’ensemble des études a mis en évidence deux groupes d’aliments dont la consommation est associée uniquement à l’augmentation du risque de maladie :

les viandes hors volaille et charcuteries sont associées à une augmentation de 10 à 20 % du risque de cancer colorectal pour 100 g consommés (niveau de preuve convaincant), de maladies cardiovasculaires (probable) et de diabète de type 2 (probable). Il est possible que leur consommation soit aussi associée au cancer du sein (selon l’expression des récepteurs aux œstrogènes), de la prostate et à la prise de poids (niveau limité). Les auteurs du rapport en concluent que la consommation de viande hors volaille devrait être limitée à 500 g/semaine, en évitant les cuissons à hautes températures (barbecue, friture...) ;

les boissons sucrées (sodas, jus de fruits, nectars), à raison seulement d’un verre par jour, augmentent le risque de prise de poids (convaincant), de 20 % celui de diabète de type 2 (probable) et de 20 % celui de maladies cardio-vasculaires (probable). Les données ne permettent pas de distinguer les sodas des jus de fruits.

Trois groupes d’aliments dont la consommation est associée à une réduction du risque de maladies chroniques ont été identifiés :

• les fruits et légumes : une portion quotidienne est associée à une diminution de 4 % du risque de maladies cardiovasculaires (convaincant), à une réduction du cancer colorectal, du sein (ER), de diabète de type 2 et de prise de poids (limité) ;

• le café : une tasse quotidienne diminue de 10 % le risque de diabète de type 2 (convaincant) et le risque cardiovasculaire (limité). La consommation de 4 tasses de thé (vert ou noir) par jour réduit le risque cardiovasculaire de 20 % (probable). Pour autant, aucune recommandation de consommation n’est faite en raison des effets indésirables liés à la consommation de caféine (anxiété, tachycardie, troubles du sommeil, migraines) ;

• les produits céréaliers complets : une consommation élevée diminuent jusqu’à 25 % le risque de diabète de type 2, et 20 % celui de cancer colorectal pour chaque portion supplémentaire de 90 g/jour, ainsi que le risque de maladies cardiovasculaires (probable). Ils devraient donc être recommandés.

Trois groupes d’aliments dont la consommation réduit le risque de certaines maladies et augmente le risque d’autres ont été identifiés :

• le lait et les produits laitiers : le lait réduit le risque de cancer colorectal (probable) mais pourrait augmenter celui de la prostate (limité). La consommation totale de produits laitiers (400 g/jour) pourrait diminuer de 5 à 10 % le risque de diabète de type 2 (probable), notamment les yaourts, le fromage et les produits laitiers à teneur réduite en matière grasse. Elle pourrait aussi diminuer le risque de maladies cardiovasculaires (—10 à —20 % chez les grands consommateurs) mais le niveau de preuve est limité. En revanche, elle pourrait augmenter le risque de cancer de la prostate (7 % pour chaque portion supplémentaire de 400 g/jour) avec un niveau de preuve, là encore, limité ;

• le poisson : sa consommation est associée à un risque plus élevé de diabète de type 2 dans les populations Nord-américaines mais pas dans celles européennes, tandis qu’elle est associée à une diminution du risque dans les populations asiatiques (poisson cru ou peu cuit). Les modes de préparation et de cuisson sont certainement impliqués. Lorsqu’il est cuit à hautes températures, fumé ou salé, le poisson est associé à un risque plus élevé de cancer de la prostate (limité) ;

• les boissons alcoolisées : chaque verre supplémentaire augmente le risque de cancer colorectal de 10 % (convaincant chez l’homme, probable chez la femme) et de cancer du sein de 15 % (convaincant). La relation avec les maladies cardiovasculaires suit une courbe en J qui rapporte une réduction de 30 % du risque avec 2 verres par jour chez les hommes et 1 verre chez les femmes. De même, une consommation modérée est associée à une réduction du risque de diabète de type 2 et de déclin cognitif (limité). Cependant, la consommation d’alcool augmente le risque de cancers de la bouche, du pharynx et du larynx.

Enfin, l’analyse selon les typologies alimentaires rapporte que l’alimentation de type occidental, caractérisée notamment par des consommations élevées de viande hors volaille et de viande transformée, pomme de terre et produits céréaliers raffinés, produits laitiers entiers, beurre, et pauvres en fruits et légumes, légumineuses, produits céréaliers complets et poisson, augmente le risque de diabète de type 2 (niveau de preuve probable), de cancer du sein et du côlon (limité). L’alimentation méditerranéenne, caractérisée par une forte consommation de légumes, fruits et fruits à coque, légumineuses, poisson et produits céréaliers complets, d’huile d’olive, une consommation modérée d’alcool et de faibles consommations de viande hors volaille et transformée et de produits laitiers, diminue le risque de maladies cardiovasculaires (convaincant) et de diabète de type 2, de cancer du sein, du cancer colorectal et du déclin cognitif (limité). La typologie alimentaire étudiée par le score DASH se rapproche des données sur la typologie méditerranéenne et le risque de maladies cardiovasculaires et de cancer colorectal. D’autres types d’alimentation dits « sain » ou « prudent », où dominent les fruits et légumes, les céréales complètes et les huiles végétales, et caractérisés par une consommation d’alcool nulle ou faible diminuent le risque de maladies cardiovasculaires (convaincant). Les résultats issus de ces études sur les typologies alimentaires sont cohérents avec les résultats observés sur les groupes alimentaires individuels. Ces données, combinées au besoin nutritionnel moyen, aux ANC et aux habitudes alimentaires des français ont servi à réviser les repères de consommation du PNNS (cf. actualité du numéro 1 vol 52).

 

Actualisation des repères du PNNS : étude des relations entre consommation de groupes d’aliments et risque de maladies chroniques non transmissibles. Rapport d’expertise collective.

Novembre 2016 www.anses.fr.

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 3, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Pour recevoir la lettre d'information
mensuelle Nutrition et Prévention
Pour vous abonner aux Cahiers
de nutrition et de diététique