Nutrition Préventive - Isio 4

Nutrition et prévention : Actualités scientifiques L’OCDE fait le point sur l’obésité en 2017

L’OCDE fait le point sur l’obésité en 2017

Selon les récentes données de l’OCDE, l’épidémie d’obésité s’est beaucoup propagée ces 5 dernières années, bien qu’à un rythme plus lent qu’auparavant. Les points sur les principales données de la mise à jour de l’OCDE sont les suivants.

Près d’un adulte sur cinq serait actuellement obèse. Les données varient de 6 % en Corée et au Japon à 30 % en Hongrie, Nouvelle-Zélande, Mexique et États-Unis. La France occuperait la 10place avec 15,3 % d’obèses. Plus inquiétant : plus d’un adulte sur 4 est obèse au Canada, en Australie, au Chili, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni.

L’OCDE note que les progressions de l’obésité les plus spectaculaires depuis les années 1990 sont celles observées en Angleterre, au Mexique et aux États-Unis. Cependant, ces dix dernières années, les augmentations les plus fortes sont observées au Canada, au Mexique, en France, en Suisse et aux États-Unis tandis qu’une stabilisation existerait en Angleterre, en Italie, en Corée et en Espagne. Le classe- ment, par l’OCDE, de la France parmi les pays où l’obésité aurait progressé ces 10 dernières années, n’est cependant pas cohérent avec les données de deux études françaises (ENNS-2006 et Esteban-2015) qui rapportent au contraire une stabilisation de l’obésité (cf. Actualité dans ce même numéro).

Concernant les enfants, l’OCDE considère qu’en moyenne près d’un sur six est en surpoids ou obèse. Malgré les politiques de prévention mises en place dans la plupart des pays de l’OCDE, la part des enfants de 15 ans en surpoids ou obèses a augmenté depuis les années 2000 dans l’ensemble des pays. En 2014, les chiffres varient de 9,5 % au Danemark à 31 % aux États-Unis. La France fait exception avec des taux d’obésité infantile parmi les plus faibles (12 %), et qui n’ont pas augmenté durant les 20 dernières années (1990—2012) chez les enfants de 3 à 17 ans comparé à la situation américaine (+8 points chez les filles et garçons) ou britannique (+3 points chez les garçons).

Les projections de l’OCDE pour 2030 rejoignent celle de l’OMS et ne sont guère encourageantes si aucun changement ne se produit, notamment aux États-Unis, au Mexique et en Angleterre ou 47 %, 39 % et 35 % des individus seront obèses (respectivement). Les perspectives pour la France sont moins sombres que dans la plupart des pays de l’OCDE puisque la prévalence de l’obésité serait estimée à 20 % de la population.

Dans sa mise à jour, l’OCDE pointe aussi la présence importante d’inégalités face à l’obésité. Dans la plupart des pays, les femmes sont davantage obèses que les hommes, même si l’obésité masculine a très rapidement augmenté. Les femmes ayant fait peu d’études sont trois fois plus fréquemment en surpoids que les femmes qui en ont fait (Corée, Espagne, Italie, Angleterre). Les différences selon le niveau d’étude sont moins marquées chez les hommes. Entre 2010 et 2014, ces inégalités se sont accélérées en Italie, Espagne, Corée et en Angleterre chez les femmes et les hommes alors qu’elles ont régressé au Canada (hommes et femmes), en France (hommes) et en Hongrie (hommes).

Cette mise à jour était aussi l’occasion pour l’OCDE d’analyser les nouvelles politiques de lutte contre l’obésité, utilisées dans ses états membres, notamment celles basées sur l’information des consommateurs.

L’étiquetage alimentaire a été mis en place dans la plupart des pays de l’OCDE, pour certains il y a moins d’un an, sous des formats différents : symbole en face avant de l’emballage (Chili, Corée), traffic light (Angleterre), clé verte (Danemark, Norvège, Suède, Lituanie, Islande), étoiles Health Star Rating (Australie, Nouvelle-Zélande). En France, le logo Nutriscore, classé parmi les plus pertinents par l’étude en population réelle conduite par le Fonds français pour l’alimentation et la santé, n’est pas officiellement mis en place, peut-être parce qu’il n’est pas compatible avec le règlement européen. Les effets de ces étiquetages sur l’IMC et l’obésité ne sont pas encore connus car ils nécessitent d’être étudiés sur une longue période. Des étiquetages similaires commencent à apparaître dans des restaurants aux États-Unis, en Australie et au Canada. Quelques rares études rapportent que ces informations conduisent à des menus moins caloriques.

De même des campagnes d’information visant à sensibiliser la population à faire des choix alimentaires plus équilibrés ont été lancées dans la plupart des pays de l’OCDE notamment concernant la consommation de fruits et légumes : Chili, Estonie, Allemagne, Mexique, Nouvelle-Zélande, Espagne, Danemark, États-Unis, France. 


En Australie, le programme « 2+5 a day » aurait permis à la population d’augmenter le nombre de portion de fruits et légumes consommés de 0,2 portion en 3 ans. Ces campagnes utilisent une variété de moyens de diffusion (médias, Internet, transports publics, affichages. . .) et de solutions pratiques (recettes, plan alimentaire,...). Pour les auteurs du rapport, il faudrait que ces campagnes d’informations soient maintenues dans la durée pour changer les comportements. On en doute au vu du de saturation et de banalisation rapporté par l’expertise collective de l’Inserm sur le dispositif des messages sanitaires sur les publicités [cf. Actualité du CND 2017;52(3)].

Depuis quelques années, les campagnes de promotion de la santé utilisent les médias sociaux ainsi que les nouvelles technologies. Les Pays-Bas proposent un site Internet et une application pour smartphone pour encourager les choix plus équilibrés (recettes, vidéos. . .). Le Chili a mis en place un site Internet dédié à sa campagne « Choose to Live Healthily » (Elige Vivir Sano). L’Estonie propose un outil Internet pour calculer les quantités de sel et de sucre de son alimentation et un logiciel pour connaître celles des produits manufacturés. La Suisse a lancé avec succès une « semaine active » et mis en place un logiciel comptant le nombre de mètres courus ou marchés en vue d’une compétition entre cantons suisses. L’Angleterre a mis en place une application pour smartphone permettant de connaître les informations nutritionnelles d’un produit en scannant son code barre. Il est encore trop tôt pour évaluer leur efficacité même si de récentes données indiquent que la campagne britannique Change4Life a permis d’atteindre une audience de 58 % d’adultes contre 26 % lors d’une campagne d’information classique (mais l’audience n’est pas l’action). 


En ce qui concerne la régulation des publicités, 7 pays l’ont mise en place depuis 2011. Elle concerne en général les publicités alimentaires adressées aux enfants et aux jeunes adultes, sur la télévision et la radio (Chili, Islande, Irlande, Mexique), à l’école (Chili, Pologne, Espagne, Turquie), dans les transports (Australie) et d’autres lieux publics (Norvège). En mai 2016, la Commission européenne a adopté le projet de révision de la directive sur les médias audiovisuels dans l’objectif de réduire plus efficacement l’exposition des enfants et des mineurs aux publicités pour les aliments et les boissons riches en sel, sucres ou matières grasses. Plusieurs pays de l’OCDE ont déjà mis en place des régulations sur les publicités. Certains avec des industriels sur le principe du volontariat comme en Norvège (2013) ou au Danemark (2008). D’autres ont choisi la voie réglementaire comme au Chili (2016), en Australie (2015), Lettonie (2016), Lituanie (2014), Slovénie (2015), Pologne (2015), Espagne (2015), Brésil (2015) pour bannir les publicités dans certains médias ou lieux fréquentés par les enfants. Les évaluations sur la régulation des publicités suggèrent des effets positifs sur les apports caloriques des enfants et leurs choix alimentaires. Cependant, l’OCDE regrette le caractère volontaire et donc non obligatoire de certaines régulations, qui ne les rend pas aussi efficace qu’on le souhaiterait en raison du manque d’implication des grands acteurs industriels.

Le rapport de l’OCDE conclut que si elles peuvent aider les consommateurs à faire les bons choix, les politiques fondées sur la communication doivent nécessairement être combinées à d’autres stratégies (interventions dans les écoles, en centre de soins primaires. . .), voire être associées à des politiques réglementaires et fiscales pour lutter efficacement contre l’obésité. Plusieurs pays de l’OCDE ont ainsi opté pour diverses mesures complémentaires comme la mise en place de taxes sur les aliments non équilibrés (Belgique, Chili, Hongrie, Finlande, France, Mexique), l’encouragement des déplacements actifs plutôt que l’usage d’un véhicule (Canada, France), la prescription d’activité physique (France, Suède), la reformulation des produits alimentaires (Canada, Chili, Corée, Royaume-Uni) et l’action sur la taille des portions (France, Suède, Turquie, Royaume-Uni, New-York).  

OCDE — Obesity update 2017 — www.oecd.org/health/obesity-update.htm.

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 224, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Pour recevoir la lettre d'information
mensuelle Nutrition et Prévention
Pour vous abonner aux Cahiers
de nutrition et de diététique