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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Le HCSP actualise les repères de consommation du futur PNNS 4

Le HCSP actualise les repères de consommation du futur PNNS 4

Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a été saisi par la Direction Générale de la Santé en juillet 2015 pour actualiser les repères alimentaires du futur PNNS 2017-2021 (PNNS4) pour les adultes.

Pour réaliser ce travail, le HCSP a pris en compte les 3 rapports d’expertise collective de l’ANSES sur l’actualisation des repères du PNNS, a auditionné des experts dans certains champs de la nutrition, regardé les repères de consommation existant dans 8 autres pays occidentaux (États-Unis, Canada, Pays-Bas, Islande, Danemark, Finlande, Allemagne, Royaume-Uni, Suisse) et les études de compréhension et d’acceptabilité des repères alimentaires réalisées par Santé Publique France (ex Inpes).  

Résultat, c’est au final, 12 repères alimentaires qui sont établis au lieu des 8 actuels.

Le périmètre de certains des groupes d’aliments faisant l’objet de recommandations actuelles est redéfini. Concernant par exemple, les fruits et légumes (au moins 5 portions par jour – 1 portion = 80-100g), le verre de jus de fruit est désormais limité à 1 par jour, les fruits secs sont à limiter, les fruits en conserve (au sirop léger) sont possibles à condition de ne pas consommer le sirop.

Les produits laitiers sont revus à la baisse avec 2 par jour (150mL de lait, 125g de yaourt, 30g de fromage) au lieu de 3. Il faudrait privilégier les fromages riches en calcium et moins gras.

Les féculents n’apparaissent plus comme tels. Des repères spécifiques sont définis pour les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots… - au moins 2 fois par semaine) et les « produits céréaliers complets et peu raffinés » (à consommer tous les jours).

Un repère spécifique concerne aussi les fruits à coque sans sel ajouté (amandes, noix, noisettes, pistaches – 1 petite poignée par jour) et le poisson (2 fois par semaine dont un gras) qui sont extraits de l’ancien repère « viande, poisson, œufs » non repris par le HCSP.

Concernant les viandes, il n’y a plus de recommandation concernant le nombre de portion par jour. En revanche, les volailles sont à privilégier et des limites de consommation sont précisées pour la viande rouge (à limiter à 500g/semaine maximum). La charcuterie fait aussi l’objet d’une limite de consommation (<150g/semaine).

Quelques repères changent peu ou pas : les repères concernant les matières grasses (à limiter en favorisant les huiles de colza, noix, olive), le sel (à limiter) et l’eau ne changent pas tandis que celui sur les produits sucrés (à limiter) s’enrichit d’une mention concernant les céréales du petit déjeuner, considérées comme sucrées.

Le repère sur l’alcool sera défini au second trimestre 2017.

Est mis en avant l’intérêt de privilégier des aliments cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides pour les fruits et légumes, les légumineuses, les produits céréaliers complets, et de varier les espèces et les lieux d’approvisionnement pour les poissons.

Par ailleurs, le HCSP insiste sur des conseils généraux tels que privilégier l’utilisation de produits bruts, éviter les portions excessives, les produits grillés et le grignotage, ne suivre un régime amaigrissant qu’avec l’avis d’un professionnel de santé.

En outre, le HCSP a rappelé les dimensions essentielles à prendre en compte dans la communication future sur les repères alimentaires. Il lui apparait indispensable de conserver la notion de « repères » et non de « recommandations », pour une meilleure compréhension et appropriation potentielles, et afin d’éviter qu’elles n’apparaissent comme des injonctions moralisatrices ou normatives. La communication devra également veiller à prendre en considération l’ensemble de la population, et en particulier les groupes devant faire face à d’importantes difficultés économiques. Les messages finalisés doivent être formulés de manière à tenir compte des notions de plaisir, de convivialité, et de culturalité de l’acte alimentaire. Des tailles de portions et des représentations graphiques ayant un sens pour la population générale devront être réfléchies précisément et être adaptées en fonction des groupes ou des aliments lors de l’élaboration des outils de communication.

Une finalisation des nouveaux repères de consommation est envisagée pour fin 2017 début 2018.

Il n’est pas sans intérêt de noter quelques discordances entre certains de ces repères et ceux que l’on trouve dans le rapport de l’Anses (CND n° 2/2017 p59).

Ne peut-on pas en particulier s’inquiéter de voir diminués les produits laitiers alors que la polémique anti-lait systématique est loin d’être éteinte. Ne risque-t-on pas de réduire encore les apports calciques alors que les apports conseillés ont été augmentés et qu’une large proportion d’adultes se situe en dessous du besoin moyen ? Il est douteux que la « petite poignée » de fruits à coque compense ce déficit (au prix d’une densité calorique élevée et d’un rapport oméga6/oméga3 peu favorable en dehors des noix) ; les légumineuses non plus (question de quantité). N’est-t-il pas avéré que les produits laitiers protègent du cancer colorectal (niveau de preuve probable) et que leur lien positif avec la prostate n’a qu’un niveau de preuve limité ?

Ne peut-on pas aussi s’interroger sur l’absence de distinction entre légumes et fruits (sucrés) que propose l’Anses et du maintien des « fruits transformés – jus » dans le groupe « fruits et légumes » alors que l’Anses les place dans les boissons, ce qui paraît logique ?

Voir les avis de différents organismes publics manquer de cohérence ne peut qu’augmenter la cacophonie alimentaire.

Le HCSP actualise les repères alimentaires pour le futur Programme national nutrition santé. Haut Conseil de la Santé Publique – 20 mars 2017 http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=600

C. Costa, B. Guy-Grand, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 110, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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