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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Le bilan coût—bénéfice des recommandations serait favorable

Le bilan coût—bénéfice des recommandations serait favorable

Les travaux de recherche d’un groupe d’économistes de l’Inra sur l’évaluation du coût—bénéfice des recommandations alimentaires viennent d’être synthétisés dans ledernier numéro d’Inra sciences sociales. Le point sur les principales conclusions du dossier.

Si les campagnes d’information visant à sensibiliser les consommateurs à une alimentation équilibréeont des effets relativement modestes, c’est, selon plusieurs études, en raison du coût qu’elles engendrent pour le consommateur, non seulement financier mais aussi lié à l’adaptation des habitudes et des goûts des consommateurs. Car modifier son régime alimentaire apparaît souvent à court terme comme une perte de bien-être dès lors que ceci implique de consommer des aliments moins appréciés ou réclamant plus de temps de préparation.

Forts de ces constats, les chercheurs de l’Inra ont tenté d’évaluer cette perte de bien-être au regard du gain de santé mais aussi de l’enjeu de la préservation de l’environnement, qui est venu récemment se greffer sur les préoccupations des consommateurs. La nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) à, de fait, conduit de nombreux experts à recommander l’adoption de régimes alimentaires moins délétères sur le plan environnemental. Même si les recommandations à visée environnementale n’ont pas encore été intégrées dans les campagnes d’information mises en place en France, les chercheurs les ont prises en compte dans leur analyse.

La démarche a été d’évaluer les effets de l’adoption d’une recommandation alimentaire sur l’ensemble du régime alimentaire : prise en compte des complémentarités et substitutions entre aliments, des conséquences en termes de variation de bien-être de ces consommateurs ainsi que ses impacts de santé publique (mortalité associées aux maladies) et environnementaux (émissions des GES). Seules les recommandations portant sur les groupes d’aliments (et non les nutriments) ont été considérées : accroissement des consommations de fruits et légumes, de produits laitiers frais, de poissons et produits de la mer, et réduction des consommations de boissons rafraîchissantes sans alcool, de fromages, beurre et crème. Deux recommandations supplémentaires concernant l’environnement y ont été ajoutées : la réduction de la consommation globale de viande et la réduction de la consommation de viande rouge.

L’analyse supposait que sous l’effet des campagnes d’information, les consommateurs progressaient de 5 % dans l’observation des recommandations : +5 % de la consommation de fruits et légumes, −5 % dans la consommation de viande. . .

Les résultats de l’analyse montrent que l’adoption de recommandations pourrait avoir des effets sur l’ensemble du régime alimentaire. Par exemple, l’augmentation de 5 % de la consommation de fruits et légumes se traduit par une baisse de la consommation de viandes rouges, compensée en partie par un accroissement de la consommation d’autres viandes, et par une baisse de la consommation de produits laitiers. La diminution de la consommation de fromages, beurre et crème induit, quant à elle, un accroissement de la consommation de viande.

Les recommandations ont toutes un effet positif sur la santé. En particulier, celle sur les fruits et légumes (pour l’impact sur les cancers en particulier) et celle sur le fromage, beurre et crème (maladies cardiovasculaires). Concernant les émissions de GES, l’impact le plus fort concerne la recommandation sur les fruits et légumes et dans une moindre mesure celle sur la viande.

La plupart des recommandations ont des effets de santé et environnementaux qui vont dans le même sens à l’exception de la recommandation sur le fromage, beurre et crème. La baisse de leur consommation a un effet négatif sur les émissions de GES en raison de l’accroissement de la consommation de viande qu’elle induit.

Les recommandations auraient globalement un impact plus important sur la santé (10 fois supérieur) que surl’environnement, à l’exception de la recommandation portant sur les viandes. Et les recommandations sur les fruits et légumes et sur les fromages, beurre et crème ont les impacts les plus importants.

La plupart des recommandations sont coût—efficaces. Cependant les coûts les plus élevés sont observés avec les recommandations qui induisent de nombreuses modifications (relation de complémentarité/substitution) comme cela est le cas de celle sur les fruits et légumes. Au contraire, la recommandation sur les viandes qui affecte peu d’autres catégories de produits (poisson et produits laitiers uniquement) a un coût modeste. Si bien qu’il est plus difficile pour les consommateurs d’accroître de 5 % sa consommation de fruits et légumes que de réduire de 5 % celle de viande rouge.

Enfin, la prise en compte dans l’analyse du budget nécessaire à une campagne de promotion indique que la recommandation sur les fruits et légumes apparaît priori- taire car coût—efficace tandis que celles d’augmenter la consommation de poisson ou de réduire celle de viande rouge le sont moins.

Les chercheurs concluent que pour un bon nombre de recommandations, les politiques d’information des consommateurs présentent un bilan coût—bénéfice favorable suggérant qu’il est pertinent d’intensifier ces campagnes d’information.

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 171, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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