Nutrition Préventive - Isio 4

Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Nourrissons : oeufs et matières grasses sont introduits trop tardivement.

Nourrissons : oeufs et matières grasses sont introduits trop tardivement.

Les résultats de l’étude Epifane (Épidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie) réalisée en 2012—2013, sur un échantillon de 3368 couples mère—enfant viennent d’être rendu accessibles. Un rapport de 61 pages fournit, pour la première fois au niveau national, un ensemble complet d’indicateurs sur l’alimentation des nourrissons : la fréquence, la durée et l’exclusivité de l’allaitement maternel ; le type, la durée et les quantités utilisées de préparations pour nourrissons ; et les modalités de la diversification alimentaire.

 

À la maternité, le taux d’initiation de l’allaitement maternel est de 74 %. Mais le taux d’allaitement maternel décroît très vite. À l’âge de 1 mois, 54 % des enfants sont encore allaités et à 3 mois ils ne sont plus que 39 %. À 6 mois, seul un enfant sur 4 est encore allaité. Si bien que la durée médiane d’allaitement, établie par les probabilités d’allaitement maternel, c’est-à-dire l’âge auquel la moitié des enfants est encore allaitée, est de 15 semaines. Les difficultés citées par les mères et justifiant l’arrêt de l’allaitement sont les pathologies du sein, l’insuffisance de lait, le manque de temps, les problèmes de mise au sein, la fatigue et le manque d’envie d’allaiter. Comparé à d’autres études européennes, la France fait état de taux d’allaitement maternel entre 3 et 12 mois inférieurs à ceux observés par exemple en Italie, au Royaume-Uni, aux Pays- Bas ou en Norvège. Les préparations pour nourrissons sont consommées par 41 % des enfants dès la maternité. Cette proportion atteint 79 % à 3 mois et dépasse 90 % à 6 mois. L’utilisation de l’eau du robinet pour la préparation des biberons reste marginale jusqu’à 4 mois et n’atteint que 6 et 10 % d’utilisation à 8 et 12 mois.

 

Plus de la moitié des enfants débutent la diversification entre 4 et 6 mois. Les premiers aliments introduits sont les céréales infantiles, les fruits et les légumes. Seules 13 % des femmes débutent cette diversification trop précocement (avant 4 mois). Globalement, cette diversification se situe dans la fenêtre recommandée par l’ESPGHAN, la société française de pédiatre (SFP) et le PNNS. Et les données d’Epifane laissent supposer un bon suivi des recommandations du PNNS. En revanche, le beurre et les matières grasses ajoutées ainsi que les oeufs sont introduits trop tardivement, puisque à un an seule la moitié des enfants consomment du beurre et des matières grasses ajoutées, et moins d’un quart consomment des oeufs. Ceci souligne la nécessité de faire des efforts de communication sur l’âge d’introduction des aliments potentiellement allergisants ainsi que sur le caractère indispensable des matières grasses au développement du système nerveux central et à la croissance de l’enfant.

 

Concernant la consommation de liquides autres que le lait, la consommation d’eau est celle qui est la plus fréquente. À 4 mois, 23,8 % des enfants ont déjà consommé de l’eau seule. Mais celle-ci est très épisodique puisque 56,4 % en consomment moins d’une fois par semaine. L’eau sucrée, les jus de fruit et les tisanes sont consommés peu fréquemment au cours de la première année de vie. À 12 mois, seuls 5,8 % des enfants ont consommé de l’eau sucrée, 27,5 % des jus de fruit, 2,3 % des tisanes sans fenouil et 1,3 % des tisanes à base de fenouil. Les jus de fruits sont consommés à raison de 50mL par prise par la moitié des enfants de 12 mois.

 

Les chercheurs concluent à la nécessité de promouvoir l’allaitement maternel et d’encourager sa poursuite si possible jusqu’à 6 mois. Pour cela, une formation spécifique des personnels exerçant dans les domaines de la périnatalité, de la pédiatrie et de la protection maternelle et infantile leur semble indispensable. Enfin, si globalement, les résultats montrent que les mères suivent relativement bien les recommandations en matière de diversification, certains aliments tels que les oeufs et les matières grasses ajoutées mériteraient de faire l’objet de messages spécifiques.

 

INVS. Alimentation des nourrissons pendant leur première année de vie — Résultats de l’étude Epifane 2012—2013. Salanave B, de Launay C, Boudet-Berquier J, Guerrisi C, Castetbon K. [http://www.invs.sante.fr rubrique publication et outils — 26 avril 2016].

 

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2016, 51, p6, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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