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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Réduction des consommations de sel : les campagnes nationales sont-elles efficaces ?

Réduction des consommations de sel : les campagnes nationales sont-elles efficaces ?

Actuellement, les consommations alimentaires de sel sont trop élevées dans la plupart des pays. Ses conséquences sur la santé (hypertension artérielle, AVC, maladies cardiovasculaires. . .) et leur coût financier ont conduit plusieurs pays à mettre en place, parfois depuis les années 1980, des interventions publiques auprès de la population générale pour favoriser la réduction de sa consommation.

Étonnamment, aucune revue scientifique n’a examiné l’impact de ces politiques publiques jusqu’à la récente initiative de chercheurs canadiens et australiens aboutissant à une copieuse revue de 119 pages. Sur plus de 881 documents trouvés, les chercheurs ont retenu 10 initiatives publiques (64 798 participants) et les ont analysées. Les données des enquêtes alimentaires et celles provenant d’échantillons urinaires ont permis de calculer les quantités de sel consommées en grammes par jour et donc de comparer l’impact de ces différentes politiques publiques.

 

Cinq d’entre elles ont montré des réductions des consommations après l’initiative : −1,15 g/j en Finlande, −0,89 g/j au Royaume-Uni, −0,86 g/j en Angleterre, −0,46 g/j en France et −0,35 g/j en Irlande. À l’inverse, deux initiatives ont conduit à une augmentation des consommations : +1,66 g/j au Canada et +0,80 g/jour en Suisse. Les autres initiatives n’ont pas abouti à des résultats significatifs.

 

Sept des 10 initiatives comportaient des stratégies multiples comme des campagnes d’éducation, des reformulations de produits alimentaires, un étiquetage nutritionnel, une restriction des publicités envers les enfants, ou des politiques d’approvisionnement alimentaire en restauration collective. La France était identifiée comme un pays cumulant les initiatives volontaires de reformulation des produits alimentaires et à une politique concernant l’approvisionnement en restauration collective. Elle figurait parmi les pays ayant mis en place ces initiatives à partir des années 2000.

 

Neuf initiatives permettaient une analyse quantitative des impacts selon le sexe. Concernant les femmes, trois initiatives montraient une diminution significative des consommations (Chine : −0,76 g/j, Finlande : −0,90 g/j, France : −0,23 g/j), quatre ne montraient aucun changement (Autriche, Pays-Bas, Suisse, Royaume-Uni) et deux rapportaient une augmentation significative après l’intervention (Canada : +2,41 g/j, États-Unis : +0,76 g/j). Concernant les hommes, cinq initiatives sur 9 provoquaient une réduction significative des consommations (Royaume- Uni : −1,32 g/j, Finlande : −1,10 g/j, Chine : −0,76 g/j, Autriche : −0,70 g/j, France : −0,57 g/j), trois aucun changement (Pays-Bas, Suisse, États-Unis) et une conduisait à une augmentation significative des apports en sel (Canada : +0,87 g/j). Le nombre d’études et leurs données étaient insuffisants pour évaluer l’effet de ces initiatives selon d’autres paramètres comme le niveau d’étude, le lieu de résidence, le type d’intervention, le statut économique des pays et la durée de l’initiative. 

 

Les chercheurs concluent que les initiatives combinant plusieurs stratégies ont plus de chances d’aboutir à une réduction des consommations de sel, en particulier chez les hommes.

 

Difficile de ne pas croire qu’en effet la combinaison de stratégies a les meilleures chances d’apporter l’effet recherché. On notera cependant que, lorsqu’elle existe, la baisse des apports en sel ne permet pas d’atteindre les chiffres recommandés. Raison de plus pour accentuer les actions

 

Population-level interventions in government jurisdictions for dietary sodium reduction. McLaren L et al., Cochrane Database Syst Rev. 2016. http://www.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ 14651858.CD010166.pub2/abstract

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2016, 51, p2, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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