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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Une Commission de l’OMS exhorte les gouvernements à s’impliquer davantage dans la lutte contre l’obésité infantile

Une Commission de l’OMS exhorte les gouvernements à s’impliquer davantage dans la lutte contre l’obésité infantile

La Commission de l’OMS dédiée à la lutte contre l’obésité infantile (ECHO) a présenté le 25 janvier 2016 son rapport final à son directeur général et ses recommandations pour renverser la tendance. « L’obésité infantile atteint des proportions alarmantes dans la plupart des pays », alerte le rapport. Si rien n’est fait, « ceci pourrait contrecarrer les progrès obtenus en matière d’allongement de l’espérance de vie », poursuit-il. De fait, si quelques pays voient leur taux d’obésité infantile se stabiliser, à l’échelon mondial, les enfants atteints d’obésité et de surpoids sont de plus en plus nombreux dans les pays pauvres et à revenus moyens. En Afrique, leur nombre a doublé depuis 1990 passant de 5,4 millions à 10,3 millions. En 2014, 48 % des enfants de moins de 5 ans en surpoids vivent en Asie et 25 % en Afrique. Ce qui inquiète particulièrement les auteurs du rapport est la forte probabilité pour ces enfants de rester obèses à l’âge adulte et leur risque plus important de souffrir de maladies chroniques. « Une volonté politique accrue est nécessaire pour relever le défi mondial du surpoids et de l’obésité chez l’enfant », déclare Sir Peter Gluckman, co-président de la Commission. « Les progrès dans la lutte contre l’obésité ont été trop lents et trop irréguliers ». Une enquête réalisée depuis 2014 dans plus de 100 pays membres de l’OMS, leur permet de conclure que les gouvernements n’ont pas suffisamment agit sur l’environnement obésogène dans lequel les enfants grandissent. Il aurait fallu, selon le rapport, agir non seulement sur l’environnement mais aussi à trois périodes critiques de la vie :

  • • de la préconception jusqu’à la grossesse ;
  • • durant la toute petite enfance ;
  • • chez les enfants et adolescents.

 

La commission demande aux gouvernements et aux parties prenantes de reconnaître leur responsabilité morale vis-à-vis de la santé des enfants—elle considère la « bonne santé » comme un des droits fondamentaux de l’enfant—et formule plusieurs recommandations regroupées en 6 thématiques :

    • promouvoir la consommation d’aliments sains et réduire celle de produits déséquilibrés et de boissons sucrées par les enfants et adolescents (éducation, taxes, contrôle du marketing, profils nutritionnels, étiquetage nutritionnel standardisé et en face avant des emballages,...). Concernant les taxes sur les boissons sucrées et le contrôle du marketing, la commission considère qu’il existe suffisamment de preuve de leur efficacité pour les mettre en place ;
    • promouvoir l’activité physique et la réduction des comportements sédentaires (auprès des parents, professeurs, encadrants, professionnels de santé, mettre en place les infrastructures et l’espace nécessaires) ;
    • renforcer les recommandations sur la prévention des maladies non transmissibles depuis le stade de la préconception (diagnostic de l’hypertension et du diabète gestationnels, suivi de la prise de poids, conseils nutritionnels avant et durant la grossesse) ;
    • fournir des recommandations sur l’alimentation équilibrée, l’activité physique et le sommeil dès la petite enfance pour permettre une croissance optimale des enfants et développer de bonnes habitudes alimentaires (réglementation des codes de marketing concernant les substituts de lait maternel et les produits infantiles, promotion de l’allaitement, formation des assistants maternels et aide soignants, contrôle des plats servis dans les crèches, promotion de l’activité physique dans les crèches, conseils sur le temps de sommeil, l’activité physique et les activités sédentaires pour les 2—5 ans) ;
    • promouvoir un environnement scolaire sain (menu standard, exclusions des aliments déséquilibrés des établissements, accès à de l’eau potable, initiation à la nutrition et apprentissage culinaire avec implication des parents et du personnel encadrant, programme d’éducation physique de qualité avec un personnel compétent) ;
    • développer des services pluridisciplinaires d’aide à la gestion du poids pour les enfants et adolescents obèses et leur famille. Les interventions ciblant le comportement et le style de vie sont en particulier citées. Chez les enfants atteints d’obésité morbide, les traitements pharmacologiques ou chirurgicaux peuvent être considérés.

 

La commission cite comme principal obstacle à la réussite, le manque d’engagement politique et l’échec des gouvernements et des autres acteurs à prendre les décisions et y consacrer les financements nécessaires. Pour elle, la société civile peut jouer un rôle en faisant pression sur les gouvernements. Si la commission reconnaît que le secteur privé peut apporter sa contribution, elle considère qu’il reste nécessaire d’agir sur la réglementation et le marketing des produits.

 

La commission conclut qu’il est important d’agir vite pour améliorer la santé de cette génération d’enfants et des suivantes. Elle est persuadée que des progrès peuvent être réalisés si tous les acteurs s’engagent à travailler collectivement. Elle demande à l’OMS d’inscrire dans son cadre institutionnel cette lutte sous une approche transversale et sur l’ensemble de la vie.

 

WHO—Report of the commission on ending childhood obesity—janvier 2016 http://www.who.int/end-childhood-obesity/en/

C.Costa, Cahiers de Nutrition et de Diététique, 2016, 51, p3, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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