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Nutrition et prévention : Actualités scientifiques Vitamine D et cognition : une option thérapeutique ?

Vitamine D et cognition : une option thérapeutique ?

Cédric Annweiler (Anger) en est persuadé. Il a présenté les données les plus pertinentes sur le sujet à l’occasion des Journées Francophones de Nutrition. « Tout est venu de la connaissance ancienne que le poisson rend intelligent », débute-t-il. Elle a de fait été associée à un effet préventif vis-à-vis de la survenue de la maladie d’Alzheimer et l’effet était dose-dépendant. 

Plusieurs explications ont été proposées à cela comme leur teneur en acides gras polyinsaturés omega-3. « Toutefois, on sait aujourd’hui que l’apport spécifique en oméga-3 n’a jamais montré d’effet protecteur vis-à-vis des démences, que le taux sérique en oméga3 ne permet pas de prédire la survenue de démence et que les essais thérapeutiques n’ont jamais retrouvé d’efficacité de la supplémentation en oméga-3 ».

D’où une 2ème hypothèse sur l’hygiène de vie de ces consommateurs de poisson et la variété de leurs régime alimentaire. « On sait que les sujets avec régime méditerranéen ont un moindre risque de survenue de maladies démentielles ».

La troisième hypothèse est qu’un autre composant de ces poissons gras comme la vitamine D pourrait avoir un impact sur la survenue de ces maladies.

 « Il existe deux sources de vitamine D : l’alimentation et la synthèse cutanée sous l’effet des rayons UVB », précise C. Annweiler. La vitamine D se présente alors sous deux formes D2 et D3, selon son origine.

« Depuis 10 ans, nous savons que plusieurs organes sont pourvus de la 1-alpha-hydroxylase comme le rein et sont capables de produire leur propre forme active de vitamine D ». Ils sont aussi pourvus de récepteurs à la vitamine D. Le problème avec le vieillissement est que les capacités de synthèse de la vitamine D sont diminuées. Si bien que 85 % des personnes âgées présentent une hypovitaminose D avec des manifestations non osseuses parmi lesquelles des effets sur le cerveau.

Les premiers arguments sur le lien entre la vitamine D et le cerveau viennent de l’expérimentation. « Elle a montré que la vitamine D peut être considérée comme une hormone neurostéroide ». De fait, elle est capable de traverser la barrière hématoencéphalique et de se fixer sur des récepteurs présents sur les neurones, les cellules gliales, l’hippocampe ou encore l’hypothalamus.

« Sa première action est celle de la régulation génétique de la synthèse d’agents neurotrophiques ». Une autre action est la régulation de la synthèse de neurotransmetteurs (Acetylcholine, dopamine, sérotonine…). Une régulation des phénomènes inflammatoires est aussi notée avec une action antiinflammatoire en augmentant la synthèse des cytokines anti-inflammatoires. La vitamine D semble aussi impliquée dans des actions de neuroprotection au travers d’un effet anti-oxydant encore mal expliqué et de l’augmentation de la clairance du peptide amyloïde. Enfin, la vitamine D a une action de vasculoprotection contre l’ischémie cérébrale.  « Des méta-analyses ont d’ailleurs montré un sur-risque d’AVC chez les patients avec hypovitaminose D ».

 « Pour toutes ces raisons, on a imaginé que l’hypovitaminose D reliée à l’avancée en âge pourrait être impliquée dans la survenue du déclin cognitif et la survenue de démences ».

Une méta-analyse de 2013 a, noté que les sujets atteints de maladie d’Alzheimer ont des taux de vitamine D inférieurs à ceux non-Alzheimer. Et lorsqu’on s’intéresse uniquement aux malades Alzheimer, il existe une relation linéaire précoce entre les concentrations en vitamine D et le score de performance cognitive (score MMS). « Cette observation est cohérente avec une autre étude chez des pré-Alzheimer qui, avant même la perte d’autonomie, ont déjà des taux de vitamine D plus bas que les autres sujets ».

Une autre étude observe que la vitamine D est basse lorsque seule existe une plainte mnésique. « Ces observations sont cohérentes avec les études longitudinales qui observent que les personnes sans troubles cognitifs objectifs mais avec une hypovitaminose D sévère ont plus de risque de développer plus précocement une démence et une maladie d’Alzheimer par rapport à celles qui ont une hypovitaminose D légère ou pas d’hypovitaminose D ». Ceci a permis aux chercheurs de conclure que l’hypovitaminose D précède bien la survenue d’Alzheimer et n’est pas sa résultante. « Mais la causalité n’était pas encore démontrée », rappelle-t-il.

Les études concernant spécifiquement la prévention du déclin cognitif (cohorte EPIDOS) ont montré que plus les apports alimentaires sont importants, meilleure est la performance cognitive.  « Les personnes ayant un apport inadéquat en vitamine D soit inférieur à 400 IU par jour avaient un sur-risque de 40 % de développer un trouble cognitif », précise-t-il avant d’ajouter que « l’exposition au soleil était aussi corrélée à un moindre trouble cognitif ». Les études d’intervention sont encore rares.

Une étude Australienne donnant 3 000 IU/jour de vitamine D à des malades d’Alzheimer pendant 8 semaines a montré une amélioration globale significative des capacités cognitives dès 8 semaines de traitement. « Dans un essai contrôlé avec groupe témoin, nous avons testé chez des sujets avec troubles cognitifs une supplémentation en vitamine D pendant 16 mois et avons observé une amélioration significative de la performance cognitive globale et du fonctionnement exécutif dans le groupe supplémenté ». Les essais randomisés contre placebo fournissent des résultats plus mitigés. La supplémentation de 5000 IU de vitamine D3 par jour n’apporte pas d’amélioration significative après 6 semaines. « Mais les sujets intégrés à l’étude avaient 20 ans et certainement des taux sériques suffisants ».

Une autre étude randomisée (600 000 IU de vitamine D2) a observé une amélioration du score de vitesse de traitement de l’information par rapport à ceux sous placebo. « Le défaut de cette étude est le recours à une mégadose de vitamine D qui, on le sait aujourd’hui, peut avoir des effets indésirables ». 

Concernant la prévention de l’Alzheimer, l’étude Epidos a montré chez 500 femmes sans troubles cognitif, que la consommation de base de vitamine D prédisait la survenue à 7 ans de la maladie d’Alzheimer. La consommation d’au moins 800 IU/j était associée à une diminution par 5 du risque de développer un Alzheimer. Et l’exposition au soleil diminuait d’un facteur 2 ce risque. « 800 IU/J, c’est jouable, c’est 50 ml d’huile de foie de morue par jour ou 100 g de hareng ou 200g de sardines/jour », précise le chercheur. (Le nutritionniste clinicien doute un peu de faisabilité de ce régime !!).

Les études d’intervention sont, là encore, rares. « Les seules données dont on dispose sont celles d’une analyse post-hoc d’une étude réalisée pour un tout autre objectif et où les sujets prenaient 400 IU/jour associé à 1000 mg de calcium pendant 8 années versus un placebo ». Ils n’ont pas retrouvé de prévention de la démence. « Toutefois les concentrations de vitamine D sont peut-être un peu trop faibles et leur association avec le calcium pose problème quand on sait que la surcharge en calcium est toxique pour les neurones ».

 

 Cédric Annweiler conclut en indiquant qu’il y a quelques mois, 10 experts de la vitamine D et de la neurocognition se sont réunis. Ils ont conclu que : (1) l’hypovitaminose D devrait être considérée comme un facteur de risque de déclin cognitif ; (2) on ne peut cependant pas dire que le statut de vitamine D est un biomarqueur diagnostique de la maladie d’Alzheimer ; (3) le statut vitaminique D ne peut pas non plus être considéré comme un marqueur pronostic de la maladie d’Alzheimer au vu du nombre important d’hypovitaminose D dans la population âgée ; (4) le statut en vitamine D peut expliquer en partie la variabilité des symptômes (chutes...) chez les patients atteints d’Alzheimer et maladies apparentées ; (5) la supplémentation en vitamine D devrait faire partie de l’arsenal thérapeutique dans la prise en charge des malades d’Alzheimer car ils sont nombreux à souffrir d’hypovitaminose D.

Communication orale « Vitamine D et cognition». Cédric Annweiler. Journées Francophones de Nutrition 30 nov-2 déc. 2016 Montpellier.

C. Costa, Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52, p 4, © Société Française de Nutrition / Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

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