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Thématiques santé Surpoids et obésité Alimentation méditerranéenne et risque de mortalité chez des obèses avec ou sans anomalies métaboliques

Surpoids et obésité

Alimentation méditerranéenne et risque de mortalité chez des obèses avec ou sans anomalies métaboliques

La présence d’anomalies métaboliques chez le sujet obèse pourrait entraver les effets favorables du régime méditerranéen sur le risque de mortalité

 

Plusieurs études épidémiologiques rapportent que consommer une alimentation méditerranéenne serait associé à un moindre risque de complications cardio-métaboliques et de mortalité (Estruch R et coll., 2013 ; Kastorini CM et coll., 2011 ; Sofi F et coll., 2008). Chez le sujet obèse, les études rapportent des résultats très hétérogènes d’une étude à l’autre, suggérant que l’alimentation méditerranéenne ne serait pas pertinente pour réduire leur risque de mortalité. Cependant, ces études sont discutables car elles n’explorent pas l’état métabolique des sujets. Une équipe de chercheurs américains a décidé de reprendre les données de l’étude américaine NHANES III (1988-94) pour tester l’hypothèse selon laquelle une alimentation d’orientation méditerranéenne pourrait avoir des bénéfices différents sur la mortalité des sujets obèses selon qu’ils présentent ou non des complications métaboliques.

 

Les données de 1739 individus de 20 à 88 ans suivis jusqu’en décembre 2011 ou jusqu’à leur décès ont été analysées. Leur score d’adéquation avec l’alimentation méditerranéenne a été calculé à partir de leurs consommations alimentaires (score de 0 : faible adhésion à 50 : forte adhésion). Enfin, les sujets étaient considérés comme « métaboliquement sains » lorsqu’ils présentaient au maximum une anomalie métabolique (glycémie, cholestérol, pression artérielle, triglycérides, insulinorésistance…), et comme « métaboliquement non-sains » lorsqu’ils déclaraient deux ou plus anomalies métaboliques.

 

Un risque de mortalité réduit de 56% chez les obèses sans anomalies métaboliques

 

Les chercheurs constatent que 34.8 % des sujets obèses ne présentent pas d’anomalies métaboliques. Ils affichent un ratio acides gras mono-insaturés / acides gras saturés plus élevé (p=0.03), consomment moins de viandes rouges (p=0.001) et de produits laitiers (p=0.02) et présentent un score d’adhésion au régime méditerranéen plus élevé que les obèses avec anomalies métaboliques. A l’issue du suivi de 18.5 ans en moyenne, leur mortalité est deux fois moins élevée que celle des sujets avec anomalies métaboliques (12.9 % versus 27.1% avant ajustement des facteurs confondants). Lorsque leur score d’adhésion au régime méditerranéen est élevé (31 en moyenne), leur risque de mortalité toutes causes confondues est réduit significativement de 56 % (HR=0.44, IC95% : 0.26-0.75 ; p<0.001) et celui de mortalité par cancer, l’est de 77% (HR=0.23 ; IC95% : 0.02-2.10, p=0.03). Les calculs indiquent que 5 points au score d’adhésion permettent une réduction de 41 % du risque de mortalité toutes causes confondues (HR=0.59, IC95% : 0.37-0.94). Cette association est encore plus forte chez les hommes (-98 % ; p=0.002) et chez les sujets qui ont une activité physique correspondant aux recommandations (-70 % ; p=0.008). Sans compter que ces résultats positifs persistent lorsque les analyses sont restreintes aux sujets avec ou sans diabète ou hypertension au départ de l’étude. En revanche, chez les sujets avec anomalies métaboliques, aucune réduction de risque de mortalité n’est observée avec la consommation d’une alimentation de type méditerranéen.

 

Cette étude est la première à rapporter un effet différent de l’adhésion au régime méditerranéen sur la mortalité des sujets obèses selon qu’ils sont « métaboliquement sains » ou non. Les auteurs supposent que le régime méditerranéen renforce le profil cardiométabolique favorable des sujets « métaboliquement sain » et évite ainsi la survenue de complications métaboliques avec le temps. Au contraire, la présence d’anomalies métaboliques chez les autres sujets obèses les empêcherait de répondre favorablement à ce régime. Ces données restent bien entendu à confirmer par des études similaires.

 

Source : Mediterranean diet and mortality risk in metabolically healthy obese and metabolically unhealthy obese phenotypes. Park YM, Steck SE, Fung TT, Zhang J, Hazlett LJ, Han K, Merchant AT. Int J Obes (Lond). 2016 Jul 19. http://www.nature.com/ijo/journal/vaop/ncurrent/full/ijo2016114a.html

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