Vitamine D : du dosage à la supplémentation

Vitamine D : définition, mécanismes, besoins et sources

La vitamine D est connue pour son rôle dans la croissance osseuse et la minéralisation, mais elle pourrait présenter un intérêt dans la prévention de nombreuses affections. Cet article se propose de rappeler les généralités sur la vitamine D et notamment son métabolisme, ses sources et son rôle sur la santé.

  

Origine et métabolisme de la vitamine D

  

La vitamine D, également appelée calciférol, est une vitamine liposoluble qui doit être considérée comme une pro-hormone de part sa similarité avec les hormones stéroïdes(1).

  

Il existe deux formes de vitamine D qui sont:

   

  

structure chimique

Figure 1 : Structures chimiques des vitamines D2 et D3(1)

  

Transport et stockage de la vitamine D

  

Une fois synthétisée ou ingérée, la vitamine D est transportée par une protéine de transport, la vitamin D Binding Protein (DBP), jusqu’au foie où elle est hydroxylée en 25-hydroxy vitamine D (25(OH)D) ou calcidiol. Elle est ensuite transportée jusqu’au rein où elle est transformée en 1,25-dihydroxy vitamine D (1,25(OH)2D) ou calcitriol, qui est la forme active(2).

  

Le calcidiol (25(OH)D) est la forme de stockage de la vitamine D. Elle est principalement stockée dans les muscles et les tissus adipeux et est ainsi disponible en cas de diminution de la synthèse ou des apports. C’est  donc la 25(OH)D qui doit être dosée afin d’évaluer le statut vitaminique de l’organisme(1,4).

  

Le rôle de la vitamine D

  

La 1,25(OH)2D, forme active de la vitamine D, intervient sur la régulation de nombreux gènes par l'intermédiaire d'un récepteur nucléaire spécifique (VDR Vitamine D Response element) dans plusieurs voies métaboliques. Son rôle le plus connu est d'assurer une minéralisation de l'os pendant et après la croissance(6).

  

  

La 1,25(OH)2D, stimule l’absorption intestinale du calcium, acteur majeur de la minéralisation osseuse (Vitamine D, calcium et métabolisme osseux). Ainsi, un déficit en vitamine D a pour conséquence une mauvaise minéralisation et l’apparition de pathologies osseuses tel que le rachitisme chez l’enfant et l’ostéomalacie chez l’adulte(5). Le déficit en vitamine D peut également causer, à long terme, le développement de l’ostéoporose particulièrement chez la femme ménopausée et les personnes âgées.

Le rôle de la vitamine D sur le métabolisme osseux est également différent  à tous les âges comme exprimé plus explicitement dans l’article Vitamine D et os : des rôles à tous les âges.

  

  

De très nombreux tissus n’étant pas en lien avec le métabolisme phospho-calcique et osseux expriment également le VDR ce qui induit un rôle extra-osseux de la vitamine D. La vitamine D joue ainsi un rôle de modulateur du fonctionnement du système immunitaire en stimulant les macrophages et les cellules dendritiques et en augmentant ainsi le pouvoir bactéricide(5).

  

La vitamine D intervient également dans les pathologies telles que l’hypertension, l’athérosclérose coronaire et le diabète. Des corrélations négatives entre les taux plasmatiques de 25 (OH) D, les risques d’hypertension, d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral ont été mises en évidence(5).

  

Un effet de la vitamine D sur la dégénérescence cellulaire est également probable et un rôle sur la prévention des cancers est envisageable et étudié.

  

Pour plus d’information, vous pouvez lire l’article Vitamine D et rôles dans l’organisme : de nouvelles découvertes.

  

Les besoins en vitamine D

  

La vitamine D est mesurée en Unité internationale (UI) ou en microgramme (µg) dans l’alimentation, les médicaments et les compléments alimentaires, et en nanomole par litre (nmol/L) ou en nanogramme par millilitre (ng/mL) dans les bilans sanguins(1).

Les équivalents entre les unités sont : 100 UI = 2,5 µg et 1nmol/L = 0,4ng/mL

 

Actuellement, les apports nutritionnels conseillés (ANC) en vitamine D sont de 200 UI/jour (soit 5 µg/jour) pour les adultes mais ils varient selon l’âge et le sexe comme indiqué dans le tableau 1 ci-dessous(6).

  

Néanmoins, ces recommandations peuvent être questionnées car les ANC ont été calculés en supposant que la population s’expose au soleil et donc que la production endogène représente 50 à 80% des apports quotidiens. Ainsi, si la synthèse par la peau est plus faible, les ANC deviennent insuffisants(1).

  

Profils ANC (µg/jour) UI/jour

Enfants de 1 à 3 ans

Enfants de 4 à 6 ans

Enfants de 7 à 9 ans

Enfant de 10 à 12 ans

10

5

5

5

400

200

200

200

Adolescents de 13 à 15 ans

Adolescents de 16 à 19 ans

Adolescentes de 13 à 15 ans

Adolescentes de 16 à 19 ans

5

5

5

5

200

200

200

200

Adultes de sexe masculin

Adultes de sexe féminin

Femmes allaitantes

Femmes enceintes

5

5

10

10

200

200

400

400

Personnes agées 10 - 15 400 - 600

  Tableau 1 : Les ANC en vitamine D(5)

  

Les sources de vitamine D

  

La source principale de vitamine D est la synthèse endogène qui correspond à environ 60% des apports(6). Elle est donc plus faible l'hiver, du fait du plus faible ensoleillement et de la plus faible quantité de rayons UVB dans l’hémisphère nord. La synthèse endogène est maximum entre 10 h et 15 h et environ 5 à 15 minutes d'exposition par jour, sans crème solaire, de 20 % de la surface corporelle permettent une synthèse suffisante de mai à septembre. Cette synthèse est moins importante chez les sujets ayant la peau noire et diminue avec l'âge. Cette production est également réduite de plus de 90 % par l’utilisation de crèmes solaires avec un index de protection supérieur ou égal à 15. En effet, environ 5 à 15 minutes d'exposition, sans crème solaire, de 20 % de la surface corporelle par jour permettent une synthèse suffisante de vitamine D (de mai à septembre)*.

 

* Il est déconseillé de s’exposer trop longtemps entre 11 heures et 16 heures, surtout en été. Évitez également les expositions prolongées sans crème solaire.

 

Les aliments riches en vitamine D sont principalement les poissons gras (cf tableau 2). Il existe également de nombreux produits enrichis tels que les produits laitiers et les huiles végétales.

  

Aliments µg pour 100 g Portion (g) Teneur à la portion (µg) Couverture des AJR par portion (%)
Sardine grillée 12,3 120 14,8 296%
Truite arc en ciel, élevage, cuite au four 11 120 13,2 264%
Hareng fumé 22 50 11,0 220%
Perche, cuite au four 9 120 10,8 216%
Saumon, cuit à la vapeur 8,7 120 10,4 208%
Maquereau, cuit au four 7,72 120 9,3 186%
Hareng grillé 16,1 50 8,1 162%
Sardine à l'huile d'olive en conserve 10,8 50 5,4 108%
Maquereau fumé 8 50 4,0 80%
Thon, au naturel, en conserve 6,1 50 3,1 62%
Lait écrémé à teneur garantie en vitamines, UHT 1,4 200 2,8 56%
Huile combinée (ISIO 4) 25 10 2,5 50%

Tableau 2 : Les sources alimentaires de vitamine D(7)

  

En conclusion, l'exposition solaire ne permet pas d’atteindre une synthèse suffisante et notamment dans les régions où l’ensoleillement est réduit et les apports alimentaires ne permettent souvent pas de compenser ce déficit. En France, 80% de la population a une concentration sérique en vitamine D en dessous du seuil de référence(8,9). d’où l’intérêt de considérer une supplémentation en vitamine D pour la population générale, voire un dosage pour les personnes à risque.(10)

  

Références :

  

(1) Elsa Murry. Actualités sur la vitamine D et nouvelles perspectives thérapeutiques. Thèse de l’Université Joseph Fourier, Faculté de pharmacie de Grenoble. 2011

(2) Cormier C.vitamine D : quand doser et comment corriger ? Rev Prat Med Ge ; 2012 : 26:331-336

(3) Holick MF, Chen TC: Vitamin D deficiency: a worldwide problem with health consequences. Am J Clin Nutr 87:1080S-1086S, 2008.

(4) Heaney RP, Horst RL, Cullen DM, Armas LA. Vitamin D3 distribution and status in the body. J Am Coll nutr 2009 ; 28 :252-6.

(5) Bernard Salle, Jean François Duhamel. Statut vitaminique, rôle extra osseux et besoins quotidiens en vitamine D

(6) Martin, A. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. 2001. Technique et Documentation

(7) Table de composition nutritionnelle Ciqual 2012

(8) Académie Nationale de Médecine, Statut vitaminique, rôle extra osseux et besoins quotidiens en vitamine D : Rapport, conclusions et recommandations, 2012

(9) Vernay M. et al. Statut vitaminique de la population adulte en France. Etude Nationale Nutrition Santé (ENNS 2006-2007), BEH du 24/04/12

(10) Haute autorité de santé. Note de cadrage, Utilité clinique du dosage de la vitamine D ; janvier 2013

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